EURO 2020 – Analyse de Hongrie x Portugal

 EURO 2020 – Analyse de Hongrie x Portugal

Après notre débrief en direct à chaud, retour en image sur le match opposant le Portugal et la Hongrie lors de la première journée du groupe F à l’EURO 2020.

La Seleção s’est donc imposée 3-0 pour son premier match dans cette phase de groupe de l’EURO 2020. Une victoire pour une entrée en lice qu’on n’avait pas vu depuis le Championnat d’Europe 2008. Une triste performance qui a bien failli continuer pour une 6e compétition internationale consécutive.

Un résultat qui a par contre bien plus failli tendre vers le match nul que vers la défaite. Mais néanmoins, face à une équipe de Hongrie qu’on savait diminué par l’absence de ses créatifs milieux de terrain Dominik Szoboszlai et Zsolt Kalmar, on pouvait en attendre plus de la Seleção. Surtout du point de vue de l’utilisation du ballon.

Car le Portugal a eu beaucoup de temps le ballon comme attendu. Les hongrois voulant maximiser leur seule grande force restante qu’est son duo d’attaquants Adam Szalai/Rolland Sallai dans les moments de transition. Les hommes de Marco Rossi ont vite compris qu’il serait difficile de construire dans cette rencontre. Un point amplifié par notre Seleção qui dès les premières minutes, imposa un pressing surprenant. Car pour une fois, bien réalisé.

Un pressing en référence individuelle qui impliqua un joueur portugais responsable d’un joueur hongrois en particulier. Seul le gardien Péter Gulácsi était donc potentiellement libre. Mais cela ne durait jamais très longtemps grâce aux courses obliques de Bernardo Silva. Couvrant ainsi sa référence (le défenseur central gauche hongrois) et mettant en même temps la pression sur le gardien hongrois pour qu’il décide.

Forcer d’allonger, si Sallai ou Szalai sont trouvés sur le côté droit hongrois, Semedo resserre à l’opposé pour créer la supériorité. Et vice versa avec Guerreiro. Un pressing ayant pour volonté de forcément récupérer haut. Et à minima, forcer le jeu direct Hongrois et favoriser ensuite les duels derrière avec à la retombée Pepe et Ruben Dias. Danilo et William précieux pour être les premiers joueurs à la retombée en cas d’un second ballon. Profitant de l’écart déjà observé entre le duo d’attaquants hongrois et leurs milieux de terrain dans ces situations.  

Chacun sa référence. Course oblique de Bernardo : coupe la ligne de passe vers sa référence (défenseur central gauche hongrois) et force la décision pour le gardien qui n’est plus l’homme libre.
La Hongrie allonge. Pepe et Ruben Dias prêts pour les duels avec Szalai et Sallai. William et Danilo prêts pour un possible second ballon. Guerreiro ressert vite à l’opposé.
Ballon cette fois sur la largeur : Guerreiro sort très haut et vite sur le piston adverse (sa référence) pour rester en ballon couvert. Nelson Semedo ressert vite à l’opposé.

Un trio qui se devait donc impérial dans ces premières phases de construction hongroises mais aussi sur les moments de transition offensive adverse. Comme on l’avait indiqué dans notre article d’avant match, si le duo Szalai/Sallai est annulé, les hongrois auront beaucoup de difficultés pour seulement sortir de leur camp. Ce qui s’est révélé. Les magyars ne tirant qu’une fois en première mi-temps suite à la tête de Szalai sur coup franc (37e). Pour un total de 0.0 Expected Goals.

Car si le Portugal a été loin d’être brillant avec ballon comme nous allons le voir, la Seleção ne s’est finalement que très rarement fait inquiéter par une possible contre-attaque hongroise. Grâce aux duels remportés par Pepe et Ruben Dias derrière pour récupérer ou empêcher la progression adverse. Mais aussi grâce aux bonnes réactions à la perte de Nelson Semedo sur son côté droit et surtout grâce à la prévention.

Prévenir le moment d’après alors qu’on est en organisation : celui de la transition défensive. Danilo étant très rigoureux par son positionnement sur Rolland Sallai qui a beaucoup décroché pour essayer de faire ce lien et enclencher les transitions offensives. Pepe ou Ruben Dias sur Adam Szalai pour totalement conditionner son jeu en remise. Permettant de récupérer le ballon très haut et de conserver sa structure offensive en plus d’annihiler les possibilités adverses en contre.

Le Portugal possède le ballon mais Danilo est déjà positionné pour intervenir en cas de transmission vers la référence offensive hongroise qu’est Roland Sallai.
De nouveau Danilo sur Sallai alors que le Portugal a le ballon

Le Portugal encaissera en deuxième période ses seules opportunités sur les quelques ballons perdus dans l’axe (57e et 72e). Ce que Fernando Santos a par-dessus tout voulu éviter. Abdiquant de certaines unités et donc mouvements offensifs.

Car le plan de jeu défensif est aussi réussi grâce à la volonté d’avoir beaucoup de joueurs derrière la ligne du ballon à tous les moments de l’organisation. Et surtout construire ses actions quasiment intégralement depuis la largeur. 

Car avec ballon, le Portugal a bien acté le retour du double pivot William/Danilo impliquant ainsi un Bruno Fernandes bien plus haut et un retour à un semblant de 4-4-2 côté portugais. Voire de 4-2-4 tant le Portugal a eu le ballon avec de nombreuses phases ou William et Danilo se sont intercalés à tour de rôle dans la défense centrale pour former une ligne de 3 face aux 2 attaquants hongrois. 

Le 4-2-4 portugais en organisation offensive

Un des schémas plutôt bien pensé aura néanmoins été les conditions recherchées pour exploiter la profondeur du côté du Portugal. Car contrairement à ces dernières sorties, la Hongrie a plus cherché dans ce match à contrôler l’espace entre la défense et le milieu en resserrant ses lignes. Laissant un peu plus d’espace qu’à son habitude dans son dos. Un espace qu’il fallait encore exploiter côté portugais.

La ligne de 4 Diogo Jota/Ronaldo/Bruno Fernandes/Bernardo souvent écartée sur toute la largeur en première mi-temps afin d’étirer cette compacte ligne défensive hongroise. Ouvrant certains espaces entre les centraux extérieurs et les pistons magyars. Exploités par Bruno Fernandes, Jota et Ronaldo. Les deux premiers trahis par leurs contrôles (21e et 37e). Le dernier par une légère position de hors-jeu (19e). 

Diogo Jota qui décroche et attire un défenseur hongrois, libérant l’espace pour Bruno Fernandes

Et c’est un peu tout ce qui a fonctionné dans les moments de construction du côté de la Seleção. Car pour désorganiser ce bloc hongrois par la circulation du ballon et certaines combinaisons, il a réellement manqué beaucoup de choses au Portugal.

Notamment des unités ! La transition défensive fût aussi bonne car favorisée par le nombre très important de joueurs devant et non à l’intérieur du bloc hongrois. Il n’était ainsi pas rare de voir 5 joueurs pour équilibrer (la défense centrale, le double pivot et le latéral à l’opposé) face aux seuls deux attaquants hongrois.

4 joueurs devant le bloc adverse. Des latéraux peu projeter. Difficiles de créer des supériorités.

Toujours pour prévenir cette transition défensive : la construction à outrance sur la largeur. Une circulation de droite à gauche familièrement nommée en “U”, sans variation rapide, nous emmenant très souvent sur ce côté droit. Car construire sur la largeur, c’est potentiellement perdre le ballon sur la largeur. Plus facile pour réagir grâce à la ligne de touche et moins dangereux que perdre un ballon dans l’axe. D’où la bonne performance de Nelson Semedo à ce niveau aussi.

Mais avec ballon, l’équipe de Fernando Santos a beaucoup trop forcé sur la droite en ne cherchant que très peu les variations à l’intérieur et à l’opposé. Face à un bloc hongrois en plus soutenu sur la largeur par ses attaquants contrairement à d’autres rencontres, et par le manque de Cancelo, l’occasion était pourtant belle d’attirer sur ce côté et trouver le duo Jota/Guerreiro à l’opposé. Mais ce relai à l’intérieur pour réaliser ce mouvement ne s’est soit pas présenté. Soit n’a jamais été servi à l’image de Bruno Fernandes en deuxième mi-temps. (63e et 75e) En forçant à droite, le Portugal n’aura trouvé le décalage qu’une fois sur un dédoublement intérieur de Nelson Semedo pour l’occasion de Diogo Jota en première mi-temps (40e)

Construction depuis la droite. Triangle Bernardo Silva/Semedo/Bruno Fernandes qui attire sur la largeur. Mais aucun élément ensuite à l’intérieur pour créer le décalage.
Construire depuis la largeur. Plus facile pour réagir à la perte.
Le seul mouvement depuis la droite pour trouver quelqu’un à l’intérieur (Diogo Jota) afin de renverser à l’opposé
Défaillance dans l’occupation de l’espace en organisation. Aucun relai à l’intérieur. Passe en retrait

D’autres points ont défavorisé la possibilité de réellement manipuler les lignes hongroises. Premièrement, les décrochages habituels bien trop bas de Cristiano Ronaldo qui n’attire personne et ne crée finalement aucun espace. Pour ensuite très régulièrement passer en retrait. Le manque aussi de mouvements complémentaires. Lorsqu’un joueur cherche la profondeur, l’autre devant décrocher pour utiliser l’espace créé. Notamment entre Ronaldo et Bruno Fernandes. Un point qui favorise la thèse d’un jeu intérieur inexistant pour diversifier les actions offensives portugaises.

Pourquoi ?

Enfin, le manque d’initiatives et de projections pour progresser par la passe ou la conduite de balle de la part des défenseurs centraux et du double pivot s’est fait ressentir pour désorganiser les premières lignes adverses, attirer sur soi et créer des espaces pour ces partenaires. Surtout en deuxième période quand le bloc hongrois s’est de plus en plus replié dans sa surface. D’où la volonté de voir le changement Renato pour William (81e) bien plus tôt.

Car en deuxième mi-temps, le Portugal a au fur et à mesure que le temps s’est écoulé, perdu de plus en plus patience. Et si le jeu sur la largeur en première mi-temps n’impliquait quasiment pas les centres (l’un des seuls créera l’énorme occasion de Ronaldo depuis Bruno Fernande (43e)), la deuxième période fût bien différente. Des centres parfois de très loin (depuis Ruben Dias et Pepe parfois) qui ont manqué d’un peu près tout et surtout de conditions propices.

L’autre signe d’impatience comme évoqué : les pertes de balle à l’intérieur et parfois directement depuis la construction à partir des défenseurs centraux. Des situations qui ne correspondent pas au scénario que s’est fait Fernando Santos à la perte du ballon et qui ont produit les quelques frissons hongrois dans le camp Portugais (57e et 72e). Ajoutant à cela le but hors-jeu magyars inscrit par Szabolcs Schön (80e).

Voyant le temps s’écouler, le Portugal adopte naturellement un comportement plus offensif. Et le but en est la claire conséquence. Par bien évidemment la rentrée de Renato disposé bien plus haut pour attirer un défenseur central extérieur hongrois très facilement manipulable. Situation déjà observé par Bernardo Silva à la 52e.

Sauf que là il y a un joueur pour utiliser cet espace créé (Rafa). Enfin des mouvements complémentaires (décrochages de Renato, profondeur par Rafa). Enfin un décalage créé sur la droite (pas vu depuis le dédoublement de Nelson Semedo pour Diogo Jota en première période). Et surtout un Raphaël Guerreiro qui se projette pour marquer ce but. Santos abdiquant enfin en deuxième mi-temps de son latéral à l’opposé pour équilibrer en cas de perte.

Bernardo qui décroche et attire. Personne pour attaquer l’espace créé.
Renato attire ce même élément de la ligne défensive hongroise. Rafa qui attaque l’espace créé. Mouvement complémentaire.
Guerreiro, latéral à l’opposé du départ de l’action, se projette cette fois dans la surface pour inscrire le premier but.

Le match enfin débloqué, les espaces se sont ouverts. Et c’est de nouveau Renato et Rafa qui en profiteront pour obtenir le penalty du 2e but (87e). La libération et l’importance du « score effect » pour cette merveilleuse action collective sur le 3e but (92e).

Le Portugal obtient 3 points forcément précieux, commence enfin une grande compétition par une victoire et ne gâche pas le petit cadeau fait par le calendrier.

Matthieu Monteiro

Etudiant ingénieur, 23 ans, sócio n°19287 du Sporting Clube Braga, fondateur du compte Twitter @ZoneSCBraga, passionné d'analyse vidéo, chroniqueur chez Golaço depuis 2019, ne jure que par les schémas de Paulo Fonseca et Eder en prolongation

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