SC Braga : Un cycle de 3 années réussi mais pour quelle suite ?

 SC Braga : Un cycle de 3 années réussi mais pour quelle suite ?

A l’aube d’une fin de saison qui peut être historique pour le Sporting Clube de Braga, retour sur le bilan de ces 3 dernières saisons après la révolution de 2017 du côté du Minho.

Paços Ferreira x SC Braga, Taça Allianz, 22 décembre 2019
Source : SC Braga

L’année 2017 fût une année charnière dans le passé récent du Sporting Clube de Braga. Cinquième derrière Guimarães, éliminé par le Sporting da Covilhã (D2) en Coupe du Portugal, défait en finale de Coupe de la Ligue par Moreirense et sorti dès les phases de groupes de l’Europa League, au crépuscule d’une saison 2016-2017 post Paulo Fonseca totalement manquée, celle-ci sonna aussi comme une saison de transition. De grands changements s’opèrent et marquent le début d’un nouveau cycle qui s’annoncera par la suite vertueux. Un cycle qui dure ainsi depuis déjà 3 ans et qui signe un point de passage décisif en cette fin de saison 2019-2020. Nous allons évaluer à l’aube de cette fin de saison 2019-2020 la réussite de cette période dans le projet bracarense et se demander qu’elles sont les perspectives futures pour le club du Nord du Portugal.

La révolution de 2017 et un pilier du projet respecté : celui de la valorisation du joueur

Les fondations de ce cycle remontent donc à cet été 2017. Une succession de choix forts qui commence par la refonte complète de l’équipe première. Les capitaines qu’étaient André Pinto et Pedro Santos s’en vont, ainsi que d’autres noms responsables des différentes épopées en Coupe du Portugal (2015 et 2016) et en Europa League (2016) comme Baiano, Djavan, Stojiljkovic ou encore Rui Fonte (qui reviendra en 2019). La légende Alan prend aussi sa retraite après 9 ans de très bons et loyaux services et tout est ainsi réuni pour renouveler, sous le signe d’un recrutement principalement made in Liga NOS, une équipe première en quête d’un nouveau souffle. Raul Silva, Fransergio, Dyego Sousa (ex-Maritimo), Ricardo Esgaio, Jefferson (ex-Sporting CP), Nuno Sequeira (ex-CD Nacional), André Horta (ex- SL Benfica), Ricardo Horta (ex-Malaga), Bruno Viana (ex-Olympiakos), André Moreira (ex-Atletico Madrid), Paulinho (ex-Gil Vicente) et João Carlos Teixeira (ex-FC Porto) rejoignent la capitale du Minho sans oublier les retours de prêt de Danilo Barbosa (Standard de Liège), Fabio Martins (GD Chaves) et la promotion définitive en équipe première de Bruno Xadas. 15 nouveaux joueurs dont 8 (7 titulaires) qui presque 3 ans plus tard ont connu le sacre à domicile en Coupe de la Ligue cette année face au FC Porto. Une majorité de joueurs de cette « génération 2017 » qui ont donc progressé depuis 3 saisons individuellement respectant le premier des 3 piliers majeurs du projet du Sporting Braga : la valorisation des joueurs. Si on prend par exemple Paulinho, Ricardo Horta, Nuno Sequeira et Ricardo Esgaio, 4 joueurs symbolisant parfaitement bien cette progression depuis 2017, on obtient une augmentation très importante de leur valeur sur le marché des transferts selon Transfermarkt. La valeur de Paulinho a été multiplié par 8,5 depuis son arrivée à Braga ; par 4,4 pour Nuno Sequeira ; par 5,7 pour Ricardo Horta et par 2,6 pour Ricardo Esgaio. Le principe de valorisation du joueur est aussi rempli par les nombreuses ventes record : Francisco Trincão au FC Barcelone cette année pour 31 millions €, Pedro Neto à la Lazio en 2017 pour 18,5 millions €, Nikola Vukcevic à Levante en 2018 pour 8 millions €, Danilo Barbosa à l’OGC Nice en 2018 pour 10 millions € (même si Braga n’a reçu que 10% du transfert, les droits économiques du brésilien ayant été acheté très majoritairement en 2014 par Jorge Mendes), Dyego Sousa au Shenzhen FC en 2019 pour 5,7 millions € ou encore Bruno Jordão à la Lazio en 2017 pour 5,3 millions €. Braga valorise ses joueurs en offrant cette étape intermédiaire si bénéfique pour leur évolution : temps de jeu, peu de pression médiatique, une relative pression du résultat et une présence régulière en coupe d’Europe.

Le 25 janvier 2020, Braga remportait sa deuxième Coupe de la Ligue à domicile, son 3e trophée national sous l’ère Antonio Salvador
Source : SC Braga

Mais le mythe du début des années 2010 est bien loin. Celui du « Braga vend tout le monde à chaque mercato et arrive toujours à se reconstruire facilement ». Comme on l’a dit, 7 joueurs de 2017 étaient titulaires en janvier en finale de la Coupe de la Ligue face au FC Porto et 10 joueurs de l’effectif de la saison 2017-2018 sont encore présents aujourd’hui. Gage de continuité obligatoire pour grandir notamment dû à la revalorisation des droits TV. En 2017 commence le nouveau contrat passant le montant des droits télévisés du club rouge et blanc de 3,3 millions € à 10 millions € par an pour les 10 prochaines années. Une quasi triplication de ce montant qui explique la relative stabilité de l’effectif professionnel, ainsi que la stabilité financière du club. Symbole de cela, des acquisitions record depuis 2017 : l’option d’achat de Bruno Viana levée pour 3 millions € en 2018, Wenderson Galeno pour 3,5 millions € en provenance du FC Porto en 2019 et Abel Ruiz pour 8 millions € en provenance du FC Barcelone en 2020. Ce dernier explosant littéralement le record d’achat sur un seul transfert pour Braga et témoigne aussi de la volonté du club d’utiliser des moyens qui ont sensiblement augmenté pour évoluer.

La formation de joueurs mais aussi entraîneurs respectant les deuxième et troisième pilier : la valorisation du jeu et du résultat.

Cette progression est aussi fortement symbolisée par la formation. Celle des joueurs mais aussi celle des coachs. L’année 2017 marque ainsi la promotion d’un des hommes les plus importants de ce fameux cycle : Abel Ferreira. Parti à l’aube de cette saison 2019/2020 au PAOK pour une somme à l’époque déjà record (2,5 millions €) celui-ci a bâti les fondations tactiques de ce Braga nouveau après son passage en équipe B durant 3 saisons. Des bases bien plus utilisées par Ruben Amorim que Sá Pinto par rapport au 3x4x3 notamment mais tous les deux auront permis lors de cette fameuse 3e saison du cycle, la saison où l’équipe est censée être à son meilleure niveau, de réaliser la meilleure phase de poules de Braga dans son histoire en Europa League, remporter une Coupe de la Ligue à domicile et être aux portes d’un troisième podium dans l’histoire du club. Le deuxième et troisième pilier sont ainsi respectés : celui de la valorisation du résultat et du jeu. Le premier a été rempli au niveau sportif comme financier. Le deuxième n’est pas nouveau et se caractérise par la longue liste des entraîneurs qui ont aussi profité des conditions favorables offertes par Antonio Salvador et qui s’est allongée avec Abel Ferreira et plus récemment Ruben Amorim. Les deux qui partiront pour des sommes records qui attestent aussi de la qualité de leur travail lors de leur différente période au club. La première cité pour sa lutte pour le podium durant ses 2 saisons, dépassant les 100 buts durant la première et responsable de plus d’un an d’invincibilité à domicile.  Le travail, le titre en Coupe de la Ligue et les victoires au Dragão et la Luz du second malgré son départ précipité sont encore dans tous les esprits.

Abel Ferreira est resté à la tête de l’équipe B de Braga entre 2014 et 2017 avant de prendre les rênes de l’équipe A entre 2017 et 2020.
Source : SC Braga

Mais si on revient à la formation des joueurs, celle-ci a aussi 2017 comme année charnière. Date de l’inauguration de la Cidade Desportiva, 4e centre de formation homologué par la fédération portugaise de football et qui apporte son pesant de résultats sportifs et financiers. Car selon le club, la réussite de la formation s’exprime par 3 aspects : le nombre de joueurs qui apportent sportivement à l’équipe première, le nombre de joueurs présents en sélection et les ventes de ses joueurs formés au club ayant apporté ou non à l’équipe première. Le premier point est coché en regardant le nombre de joueurs formés au club présents en janvier dernier, toujours lors du sacre en Coupe de la Ligue : Tiago Sà, Bruno Xadas, Francisco Trincão et David Carmo (en ne comptant pas Eduardo formé à une autre époque). Au niveau de la sélection, cette progression se traduit surtout chez les jeunes et pas encore en équipe première. A titre d’exemple, ils étaient tout de même 11 internationaux en U19 contre 8 la saison dernière. Enfin, le 3e point est rempli par les ventes record et très médiatiques des déjà cités Francisco Trincão, Pedro Neto, Bruno Jordão et João Queiros (parti pour 3 millions € à Cologne en 2017), les deux derniers n’ayant jamais évolués avec le maillot de l’équipe première. Même si le pari de la formation date d’avant l’inauguration du centre de formation (Braga est champion national U19 en 2014), celui apporte déjà des résultats extrêmement satisfaisants et semble être l’arme majeure de la politique sportive globale du club dans les années à venir.

Francisco Trincão, joyau de la formation du club qui partira l’été prochain pour la Catalogne et le FC Barcelone
Source : SC Braga

Un été 2020 synonyme de fin de cycle et d’un renouveau basé sur la formation ?

Mais dans une saison où Braga a réussi à battre au moins une fois chacun les 3 grands, ce qui n’était plus arrivé depuis 2009-2010 et le premier vice championnat du club, être à plus de 15 points de la première place à 10 journées de la fin peut aussi sonner comme une déception tant cette équipe a démontré de la compétence à de très nombreux moments de la saison. Maintenant, est-ce la fin de ce cycle et le début d’un nouveau ? Les départs de Francisco Trincão et João Palhinha seront très dur à remplacer d’un point de vue qualitatif dès la saison prochaine. Et d’autres joueurs cadres comme Ricardo Horta et Paulinho sont eux aussi parmi les joueurs très convoités pour la prochaine période de transfert. Tout dépendra du mercato prochain finalement. En cas de départ qui peut sembler logique après 3 ans de bons et loyaux et services pour certain des joueurs clés de l’équipe déjà cités, un nouveau cycle s’ouvrira surement basé encore plus sur la formation. Mais globalement, le Sporting Clube de Braga va bien, reste très sain financièrement et en attendant la fin du championnat, proche de réaliser une saison des plus réussie de son histoire malgré la perte de trois entraineurs à des moments clés de la saison sans que le SC Braga ne puisse rien faire pour 2 d’entre eux (départ d’Abel et Ruben Amorim pour les clauses). Ce qui montre aussi une certaine solidité du club nordiste et notamment de ses ressources internes. Un club qui possède maintenant un vrai patrimoine qui grandira encore d’ici 2022 avec la deuxième phase de la Cidade Desportiva qui atteste du projet le plus structuré du football portugais qu’est celui du Sporting Clube de Braga qui à terme, a pour grande ambition d’enfin remporter ce premier titre de champion national.

Matthieu Monteiro

Sócio n°9491 Sporting Clube Braga • 24 ans • @MMatthieuZSCB sur Twitter • Chroniqueur chez Golaço depuis 2019 • Ingénieur informatique & analyse vidéo • Fondateur de @ZoneSCBraga sur Twitter • Ne jure que par les schémas de Paulo Fonseca et Eder en prolongation

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