Artur Jorge : « On travaille pour rentabiliser le joueur sportivement et financièrement »

 Artur Jorge : « On travaille pour rentabiliser le joueur sportivement et financièrement »

Artur Jorge, entraîneur des U19 du Sporting Clube de Braga depuis 2018 et légende du club du Nord du Portugal en tant que joueur dans les années 90 et 2000, a accordé à Golaço un long entretien afin de revenir sur la saison de son invincible équipe dans le championnat national junior mais surtout évoquer par le biais du centre de formation du Sporting Clube de Braga des problématiques liées au thème central de cette interview qu’est la formation.

MATTHIEU MONTEIRO. Ma première question est tout d’abord sur le bilan de cette saison avec les U19 du SC Braga (Invaincu en 26 matchs : 16 victoires, 10 matchs nuls, 0 défaite. Une équipe qui a terminé première de sa poule lors de la première phase avec 50 points en 22 matchs) et quelle a été la réaction du groupe lorsque vous avez su que la saison allait être annulée.

ARTUR JORGE. Le bilan que nous pouvons réaliser après les chiffres que tu as présenté et surtout de la qualité du jeu de l’équipe est un bilan extrêmement positif. Depuis le premier jour de la saison, nous avons été très sérieux et impliqués dans la recherche de nos objectifs. Nous avons créé une équipe très équilibrée entre les premier années (génération 2001) et les deuxième années (génération 2002). Nous avons réussi tout au long de l’année à créer des micro-objectifs pour que les joueurs aient une attitude très compétitive pour atteindre nos objectifs communs en tant qu’équipe. Nous avons été la meilleure équipe durant la première phase très clairement avec pour pire résultat de la saison quelques matchs nuls à la maison contre Vizela et le Nacional da Madeira. Des équipes qui venaient surtout pour accrocher le match nul. Mais ça fait partie du jeu et durant ces matchs nous n’avons pas été aussi compétents que nous aurions dû l’être. Mais globalement nous avons été très réguliers avec un classement historique pour Braga depuis que ce format de compétition est adopté chez les U19. Et au fur et à mesure de la saison, nous avons réussi à créer un esprit de groupe pour que durant la seconde phase, on puisse être prêt pour joueur le titre. Durant cette seconde phase, on a obtenu deux victoires et deux matchs nuls. Ces deux matchs nuls étant à l’extérieur face à des adversaires directs (cf. face à Porto et le Sporting). A l’intérieur du groupe, beaucoup avaient l’intime conviction qu’on pouvait aller chercher le titre, ce qui n’est pas facile à créer comme sentiment. J’y croyais et tout le groupe y croyais car journée après journée, nous avons démontré une qualité de jeu très au-dessus de la moyenne pour nous emmener vers la lutte pour ce titre. Puis arrive bien évidemment l’annulation du championnat et forcément nous avons été triste car nous n’avons pas pu terminer notre saison mais j’ai déjà eu l’opportunité de dire aux joueurs que nous sommes très fiers de leur parcours. Nous ne pouvions rien faire face à cette situation et que le titre que nous cherchions nous aurait certes apporté du prestige et un trophée mais que nous sortions malgré tout extrêmement valorisés de cette saison et qu’ils avaient laissé en interne une magnifique image du club et l’assurance qu’on peut croire en cette génération. Nous n’avons pas pu terminer le championnat mais nous sortons la conscience tranquille.

MM. Car l’objectif reste de faire progresser les joueurs individuellement et donc on peut dire que cette saison, tous les joueurs de l’équipe ont progressé ?

AJ. Oui clairement. Pour quantifier notre travail en termes de formation il y a deux choses selon moi : les joueurs qui arrivent jusqu’à l’équipe première et les joueurs de la formation qui sont vendus, même parfois avant leur arrivée en équipe première. Car même si on n’atteint pas tous les objectifs collectivement, notre premier objectif reste de valoriser et faire progresser le joueur jusqu’au niveau que le club veut.

MM. Car si on fait le parallèle avec la saison dernière, l’équipe se classe 5e place, une place pas totalement méritée mais cette saison, sont nombreux les joueurs de cette équipe qui ont déjà fait un pas important vers l’équipe B directement et non les U23 comme Eduardo « Schurrle », Bruno Rodrigues ou Fabiano et que cette évolution est surement le véritable objectif de la formation ?

AJ. Complétement d’accord. L’année dernière les deux dernières journées étaient face à Benfica où on prend ce but de l’égalisation à la 93e et face à Porto à l’extérieur qui n’avait besoin que de gagner pour être champion. Mais sur la question de la potentialisation de nos athlètes, il y aussi l’aspect de l’affirmation des jeunes joueurs du Sporting Clube de Braga dans les sélections nationales de jeunes. L’année dernière nous avions 8 joueurs de l’équipe U19 en contexte de sélection et cette année 11 joueurs. Cela nous sert aussi à évaluer notre travail et celui des joueurs parce que cela leur permet de participer à des compétitions et des matchs au plus haut niveau dans leur catégorie d’âge, avec les meilleurs. Et donc cette augmentation du nombre de joueurs en contexte de sélection qui n’est pas énorme mais qui est important pour nous donne cette satisfaction de voir le joueur récompensé pour son travail. Et c’est la même chose au niveau interne. Tu as mentionné ces 3 noms mais il y a aussi Pedro Martins, Samuel Costa, Leonardo qui ont oscillé entre l’équipe B et les U23 qui ont touché ce niveau pour continuer leur progression. Un autre symbole et cela a été communiqué aux joueurs de l’équipe U19 : tous resteront au club la saison prochaine et seront promu entre les U23, qui nous offre un nouveau contexte compétitif et qui progresse depuis sa création, et l’équipe B. Et on parle d’une quarantaine de joueur U19 ce qui est la preuve d’un réel pari du club vis-à-vis de sa formation.

MM. Donc on aura encore plus de joueurs U19 directement en équipe B du côté de Braga la saison prochaine ?

AJ. Les choses restent encore à définir mais on aura au mois le même nombre de joueurs que cette saison. Mais l’idée est là ! Le but est de toujours parier et valoriser sur ce qu’on a en interne et sur ceux qui nous ont apporté des résultats et des garantis mais maintenant dans des contextes compétitifs plus exigeants comme les U23 et l’équipe B.

Pour quantifier notre travail en termes de formation il y a deux choses selon moi : les joueurs qui arrivent jusqu’à l’équipe première et les joueurs de la formation qui sont vendus, même parfois avant leur arrivée en équipe première

Artur Jorge

MM. Je reviens un petit peu sur le travail en U19 et ma question est sur l’équilibre qu’un entraineur au sein d’une académie doit trouver entre ses idées, les idées du club pour ses joueurs et les caractéristiques propres du joueur afin d’avoir des résultats et jouer le jeu que les U19 ont joué cette année par exemple ?

AJ. En effet il y a une conjugaison de facteur très importante. Au départ il existe la matrice du club qui est très bien définie et que nous les entraineurs connaissent parfaitement. L’idée collective que le club recherche durant les matchs est transversale à tous les échelons de la formation. Cela n’empêche bien évidemment pas à nous entraineurs d’avoir nos idées sur le système présenté même si je préfère dire les dynamiques de jeu présenté durant le mach. Et bien sûr ces dynamiques vont à l’encontre tout d’abord des joueurs que nous avons à notre disposition pour tirer le maximum de notre groupe de travail mais aussi tirer le maximum des joueurs que nous estimons avoir le plus grand potentiel. Et tout ça est un processus très détaillé et qui demande beaucoup de travail pour que tous fonctionnent et qui ensuite s’évalue en fonction de la qualité du jeu produit et mon objectif et celui de mon équipe technique est de réunir tous ces éléments qu’on a évoqué. L’idée que j’ai est aussi celle du club car j’ai accepté ce projet afin on le répète de valoriser et faire progresser le joueur d’une forme individuelle mais toujours avec la création d’un collectif très fort.  

MM. Et donc quelle est exactement la matrice que le club recherche pour toutes ses équipes ?

AJ. L’idée ne change pas et d’une forme brève, nous voulons que les équipes de la formation du Sporting de Braga joue un football valorisant, qu’elles soient compétentes en phase de possession quand cela est possible, qu’elles soient dominantes, qu’elles sachent presser pour avoir le plus longtemps possible le ballon et qu’elles soient agressives défensivement mais aussi offensivement. L’idée globale elle est là, des U15 jusqu’à l’équipe B. Après chaque entraineur est différent et chaque groupe de joueur est différent. Et nous devons trouver ensuite des connexions propres avec notre groupe pour exécuter les idées du club. Et nous ne pouvons pas fuir ces idées pour ne pas tomber dans la tentation du résultat uniquement.

MM. Parle-t-on déjà au niveau U19 de stratégie, de s’adapter et choisir parmi ses ressources en fonction de l’adversaire ou si l’analyse est exclusivement portée sur le développement de nos joueurs et de notre équipe ?

AJ. Cela dépend parfois des structures et à Braga, heureusement nous avons toutes les structures qui nous faut à notre disposition. Nous avons les conditions pour pouvoir observer tous nos adversaires. Cependant cela ne change absolument pas nos idées. Le plus grand pourcentage de notre travail concernant l’entrainement et l’analyse est basé sur nous-mêmes. Mais je ne peux pas ignorer l’adversaire et je ne peux pas dire que je ne fais pas attention à lui. On prépare notre stratégie avant chaque match en fonction des analyses qui sont faites. Cela nous permet aussi de préparer les joueurs pour le futur en leur disant que durant un match A ils peuvent avoir tel type de problème, lors du match B encore un autre type de problème et lors du match C encore un autre type de problème. Notre travail est majoritairement fait par rapport à nous mais on ne peut pas exclure l’adversaire pour avoir des résultats et une meilleure préparation pour le match car nous ne pouvons pas nous permettre d’être surpris.

MM. Mais il y a un échelon où on commence à parler d’adaptation à l’adversaire. Dès les U15 par exemple on commence à sensibiliser ces jeunes joueurs à cette thématique du jeu ?

AJ. Tu sais que j’ai été entraineur des U15 (lors de la saison 2017-2018) et oui déjà à ce niveau on commence déjà un petit peu à travailler en fonction de l’adversaire mais parfois c’est très difficile. Parce que les ressources humaines pour le faire ne sont pas aussi nombreuse pour les U15 que pour les U19. Car on est aussi en U15 dans une phase très importante pour les joueurs au niveau de la maturité intellectuelle et physique et c’est pourquoi bien évidemment il y a une prédominance du travail sur notre jeu. Mais s’il y a un match face à une équipe lors de la 1e phase et qu’on rencontre de nouveau cette équipe lors de la 2e phase, évidemment qu’on va prendre en compte ce premier match. Mais l’aspect stratégique et bien plus présent en U17 et en U19. En U19 il est même fondamental pour moi car c’est un championnat extrêmement compétitif et équilibré et qu’à ce niveau c’est déjà le détail qui peut faire la différence. On parle d’un niveau avant la création des U23 qui était le dernier niveau avant le monde professionnel. Nous sommes à un niveau où on perd régulièrement des joueurs qui n’ont pas eu le temps de jeu qu’ils pensaient avoir. Il y a une sorte de sélection naturelle qui se fait afin de garder les meilleurs joueurs à partir de ce niveau.

MM. Concernant la détection des quelques joueurs étrangers qui composent cette équipe, le cas du gardien tchèque Lukas Hornicek est connu (détecté lors du dernier Euro U17) mais ceux de Luis Asue et Hernani Infande le sont moins. Comment ont-ils été recruté et est-ce qu’il y a une attention encore plus particulière pour ces joueurs qui changent de pays voire de continent afin de finir leur formation ?

AJ. Il y a bien sûr une attention plus particulière pour ces joueurs. Comment nous les détectons ? Dans quasiment tous les clubs au Portugal, beaucoup de joueurs nous sont suggérés. Dans le cas de Lukas Hornicek, c’est en effet la cellule de recrutement qui nous l’a conseillé en nous disant qu’il a un potentiel énorme et qu’il nous le fallait absolument. C’est réel et s’il n’est pas vendu avant, il jouera à court terme avec l’équipe première selon moi. Nous avons lutté avec de grands clubs pour l’avoir. Et sur l’adaptation, c’est pour cela qu’on l’a d’abord mis en U19. Pour qu’il se sente confortable, qu’il entre dans un contexte compétitif fort mais sachant que nous étions une équipe forte aussi, on pouvait travailler avec lui certain point comme la concentration car il n’allait pas toucher beaucoup de fois le ballon en moyenne durant les matchs et avoir ainsi une progression constante. Même chose pour Luis Asue et Hernani. Asue si je ne trompe pas jouait en Guinée équatorial mais été venu faire des essais en Espagne puis son agent qui travaille avec Braga nous l’a présenté. Il a commencé à s’entrainer avec nous en fin de saison dernière pour l’évaluer. Et il a rendu satisfaction pas seulement à moi mais aussi aux autres analystes du club et sachant qu’il avait encore une année en U19 (Luis Asue est née en 2001), c’était parfait pour lui afin d’évoluer dans notre équipe. Hernani je l’avais d’ailleurs observé personnellement en Guinée-Bissau, dans un club de quartier il y a quelques années avant de revenir à Braga (Artur Jorge est revenu en 2017 au club pour entraîner les U15). Puis c’est l’année dernière qu’il est apparu dans les radars du club et comme je le connaissais, on l’a d’abord testé comme Asue et la réponse fût très rapidement positive. Ce sont des joueurs venant de l’extérieur qui apporte définitivement une plus-value aux équipes auquel ils sont intégrés.

MM. Parce qu’en lisant l’interview de José Carvalho Araujo (désormais ancien entraineur des U23 du SC Braga) à Mais Futebol paru la semaine dernière, il indique qu’Hernani est le joueur né en 2001 le plus prometteur de l’Académie. 

AJ. Il fait partie des cas de cette génération 2001 à très fort potentiel selon moi. Il y a lui et il y en a 2, 3 autres cas très sérieux. Nous évaluerons la saison prochaine son évolution dans le football senior mais il fait en effet partie des cas très sérieux de la génération 2001 dont je parie personnellement.

MM. Je voulais revenir aussi sur les déclarations du coordinateur du centre de formation, Hugo Vieira, qui disait que Braga avait aujourd’hui le 2e meilleur centre de formation du pays derrière Benfica. Sans rentrer dans les classements, j’aimerais savoir qu’elle est la plus-value offerte par la Cidade Desportiva pour avoir d’aussi bons retours depuis son inauguration en 2017 ? C’est seulement une question d’infrastructure ou de ressources humaines ?

AJ. Les installations et les ressources humaines ne vont pas l’un sans l’autre. Si on a des installations mais pas de ressources humaines, ça ne sert à rien d’avoir des installations. Il y a des points très importants que je veux mentionner. Premièrement c’est la vision du président par rapport au chemin que doit prendre le club. Aujourd’hui le Sporting de Braga est toujours dans les 4 premiers du classement de la première division et se qualifie donc régulièrement pour les compétitions européennes. Le club est stable et peut se consacrer à l’évolution de son académie. On parle en effet de ressources humaines, de personnes très compétentes au niveau de la détection des joueurs pour pouvoir attirer les meilleurs afin d’arriver en équipe première et parfois même être vendus avant qu’il arrive en équipe première, ce qui génère aussi des ventes très importantes pour le club. Et tous cela valorise le travail de formation surtout qu’avec les conditions que l’on a maintenant, on est encore plus proche du succès. On a aussi des joueurs très investis dans le projet que nous leur proposons et les conditions nous permettent de pouvoir travailler le plus longtemps possible avec eux durant l’année pour les faire progresser. On a créé une structure interne forte pour que tout cela fonctionne et de fait, nous avons obtenu des résultats dans les championnats nationaux, avec des joueurs convoqués en sélection, avec des joueurs qui arrive en équipe première et avec des joueurs de la formation qui sont vendus selon des sommes très importantes. La machine fonctionne, elle nécessite constamment des petits réajustements mais c’est une machine qui est sur le bon chemin, le chemin que président a idéalisé et notre travail est de tout faire pour emprunter ce chemin.

Dans le cas de Lukas Hornicek, c’est en effet la cellule de recrutement qui nous l’a conseillé en nous disant qu’il a un potentiel énorme et qu’il nous le fallait absolument

Artur Jorge

MM. J’ai lu une étude il y a peu sur le cheminement méthodologique du centre de formation du FC Séville et la question principale était « Quel type de joueur le club veut former ? ». A Braga, quel type de joueur le club veut former et si l’on prend l’exemple de l’arrivée de Moisés (ancien très grand défenseur central du SC Braga) pour entrainer les U19, il y a-t-il une volonté de faire progresser nos joueurs au contact d’entraineur qui « vibre » profondément pour le club.

AJ. On cherche des entraineurs bien évidements compétents. Cela ne peut pas être autrement. Il ne suffit pas d’avoir été un ancien joueur du club pour entrainer. Mais nous devons assembler ces 2 ingrédients : la compétence et cette connaissance du club. Et dans la compétence il y a aussi la faculté de savoir gérer ce type de joueur très jeune car il y a des aspects du football de formation qui différent en fonction du football professionnel. Il faut aimer travailler avec ce type de joueur. Pour moi c’est fondamental. Et après l’amour pour le maillot est aussi très important. Je peux parler de ça car j’ai vécu cela il y a 30 ans. Je parle d’un processus pour nos garçons que j’ai moi-même vécu il y a 30 ans mais dans des conditions bien différentes bien sûr. Rien n’est nouveau pour moi par rapport à l’évolution que chaque joueur doit avoir d’une année après l’autre et je peux parler avec les joueurs d’une façon complétement claire car je partage le rêve qu’ils ont actuellement qui est d’arriver en équipe première. Et cela aide bien sûr. Et sur la première partie de ta question, on chercher à créer des joueurs d’excellence mais selon nos principes. Un joueur d’excellence pour nous peut ne pas l’être pour un autre club. Par exemple nous avons une liste des joueurs MVP si tu veux, des joueurs dont on pense qu’ils ont un très grand potentiel pour pouvoir aussi faire un travail individualisé quand c’est nécessaire à un certain moment, sur certains aspects, en fonction du poste pour pouvoir créer ce joueur d’excellence qui ne sera joueur d’excellence seulement lorsqu’il arrivera en équipe première.

MM. Ma prochaine question est sur la génération 2003 du SC Braga. Vous avez été l’entraineur de cette équipe en U15 (entre 2017 et 2018). Est-ce la génération la plus prometteuse du club selon vous. Et il y a un joueur qui a beaucoup joué en U19 alors que c’est un U17 et qui fait partie de cette équipe : c’est André Ferreira. Pourquoi l’avoir promu ?

AJ. Simplement parce que moi et mon équipe technique avons considéré qu’il avait le niveau pour jouer à un niveau au-dessus. Nous avons pensé que ce serait un très bon défi pour lui avec l’aval naturel de la coordination technique du centre de formation qui a aussi pensé comme nous. Avec pour seul condition bien sûr d’être régulièrement utilisé. Car prendre un U17, le mettre en U19 et ne pas le faire jouer ça n’a pas de sens. Je ne suis pas en train de faire progresser le joueur sinon. Le joueur a besoin de jouer, d’avoir un nombre de matchs conséquent pour pouvoir évoluer. Et dans son cas ça a été une réussite car il a fait une super saison avec nous. Il est retourné avant le confinement en U17, son échelon naturel, car on était déjà qualifié en U19 pour la seconde phase et pas encore en U17, toujours avec l’aval de la coordination technique. Sur la génération 2003, tu as raison, c’est une génération très talentueuse mais qui va être mise à l’épreuve en U19 la saison prochaine. C’est des joueurs qui dans les sélections U15, U16 étaient déjà là et qui donc depuis longtemps montrent leur compétence. Maintenant, il y a une grande différence selon moi entre les U17 et les U19. Je dis souvent qu’entre les U15 et les U17, la difficulté augmente d’un degré mais entre les U17 et les U19, elle augmente de 4 voire 5 degrés. En U19, tout augmente : l’exigence, la compétitivité, la maturité. Je suis confiant par rapport à cette génération mais on attend leur réponse vis-à-vis de leur adaptation au championnat U19 la saison prochaine. Afin qu’ils s’affirment réellement comme une génération forte, que l’on considère depuis toujours, depuis mon temps lorsque je les ai entrainés en U15.

Je dis souvent qu’entre les U15 et les U17, la difficulté augmente d’un degré mais entre les U17 et les U19, elle augmente de 4 voire 5 degrés.

Artur Jorge

MM. Je reviens rapidement sur les U19. La compétitivité est donc telle que parfois certains joueurs ont besoin de leurs 2 années complètes pour s’affirmer ? Je prends les exemples de Vasco Moreira et Guilherme Soares qui jouaient déjà beaucoup la saison dernière mais qui s’affirment vraiment cette saison ?

AJ. Je vais te donner un petit exemple. Pour respecter les règles de l’UEFA, on ne peut faire jouer un joueur étranger seulement à partir de ses 18 ans. Donc nos très jeunes joueurs étrangers ne peuvent joueur qu’en U19. Et ce que je veux dire c’est que si le club fait l’effort pour les faire venir, c’est parce qu’on croit beaucoup en eux. Et parfois il y a un « choc » avec les joueurs qui viennent d’en bas, des U17. Et parfois l’espace est un peu réduit pour eux. Donc quand je parle de compétitivité, je parle aussi d’une compétitivité très forte au sein de même de l’équipe, en interne. Cela ne veut pas dire que parce que tu fais 2 saisons en U19 et pas seulement une que tu es moins bon. C’est juste qu’on estime qu’ils ont encore besoin de solidifier leur processus de progression et de s’affirmer. Et pour cela, la question du nombre de matchs et de minutes est très importante. Et pour les joueurs que tu as cité, c’est exactement ce qui c’est passé et aujourd’hui ils sont parfaitement préparés pour la suite. Mais il faut aussi avoir en tête que malgré la compétitivité de ce championnat, certain n’ont besoin que d’un an, certains sont même surclassés comme André Ferreira et d’autre ont besoin de deux saisons.

MM. Vous avez travaillé avec Custodio lorsqu’il était l’entraineur des U17. Un mot sur sa nomination et un mot aussi sur Yan Saïd, votre attaquant qui a été promu en équipe A pour finir la saison ?

AJ. Sur Yan, il fait partie du lot de ses 4, 5 joueurs de notre équipe auquel on croit beaucoup. Tu as déjà Hernani et maintenant Yan qui sort lui aussi d’une excellente saison, que ça soit avec deux avant-centres ou lorsqu’il a joué seul vers la fin de la saison. C’est un excellent finisseur, très mobile, très intelligent, qui sait occuper les espaces et a une maturité au-dessus de la moyenne pour son âge. Il a encore une grande marge de progression mais cette promotion valorise son travail durant la saison et ça lui envoie aussi un signal très fort que le club croit beaucoup en lui et qu’il doit se préparer afin de confirmer et de retourner au club toute la confiance mise en lui. Sur mon ami Custodio, j’aimerais beaucoup qu’il ait beaucoup de succès. Car en plus d’être une magnifique personne c’est un entraineur très compétent, qui a certes une expérience courte en tant que leader du processus comme entraineur principal. Mais c’est un quelqu’un qui travaille beaucoup et qui a une très grande connaissance du jeu de part son expérience en tant que joueur. Et je veux qu’il ait beaucoup de succès parce que c’est aussi un produit de notre formation. C’est aussi un prophète de la doctrine de notre formation en termes de jeu. Etant un ancien entraineur de la formation, il est complètement en phase avec l’académie et c’est aussi un message envoyé par le président pour dire à toutes les personnes au sein de l’académie du SC Braga que les portes de l’équipe première sont ouvertes.

MM Donc il y a une aussi une volonté aujourd’hui de la part du club de ne pas seulement former des joueurs mais aussi préparer des entraineurs pour une possible « convocation » en équipe première ?

AJ. Il faut aussi être pragmatique et savoir que nous n’irons pas tous en équipe première. Ce n’est pas parce qu’on est entraineur dans le centre de formation qu’on deviendra un jour entraineur de l’équipe principal. Cependant, les dernières promotions sont un signal que ce n’est pas impossible et que le club est tout à fait enclin à donner cette opportunité. Ce n’est pas une obligation mais ça reste un signal très positif du travail fait par la formation.

MM. Juste pour terminer sur la formation du club, pour évaluer la qualité du travail d’un centre de formation, il y a l’arrivée des joueurs en équipe première, la vente des joueurs même s’il n’arrive pas tous en équipe première, les convocations en sélection et rien d’autre ?

AJ. Tu en as 3 mais il y en a 2 qui sont plus importantes à mes yeux. Mais d’abord il faut dire qu’on doit aussi gagner des matchs en formation, avoir des résultats. C’est ma manière de voir les choses. Pas qu’elle soit bonne ou mauvaise mais c’est ma manière de voir les choses. On ne peut pas dire qu’on forme en étant dernier du classement. Dans ce cas on ne forme rien. On est même en train de tromper le joueur dans ce cas-là. Mais quand on parle d’évaluation du centre de formation de manière globale, c’est l’arrivée des joueurs en équipe première ou la vente de joueurs arrivés en équipe première ou non. L’arrivée en sélection nationale est aussi un facteur mais qu’on ne contrôle pas. C’est la reconnaissance de notre travail mais pour un contexte compétitif différent. Nos joueurs entrent dans un contexte compétitif où ils affrontent les meilleurs des meilleurs de leur catégorie. Mais mon objectif c’est de les former pour qu’ils soient parmi les meilleurs du club, de l’équipe de première. Et là notre travail sera valorisé par le biais sportif. Et s’il le joueur est vendu avant, se sera valorisé par le résultat financier. Il n’y a que ces 2 aspects qui compte aujourd’hui dans le mécanisme qu’est le football. On travaille pour ça, rentabiliser le joueur sportivement ou financièrement.

MM. Pour terminer, l’ambition d’Artur Jorge est-il d’entrainer un jour l’équipe première ?

AJ. Je dirais que j’aime énormément travailler pour le club. Aussi parce que j’ai déjà travaillé dans les divisons inférieurs en senior est que la réalité est beaucoup plus difficile qu’ici. Mais c’est un peu le résumé de notre conversation. J’aime beaucoup travailler dans un contexte de formation, encore plus dans celle du Sporting de Braga car c’est ici que je m’identifie le plus, c’est mon club, c’est le club où j’ai passé presque toute ma vie professionnelle. Mais je ne vais pas te dire que je n’ai pas d’ambition. Mais j’ai aussi la maturité aujourd’hui pour pondérer les défis qui me sont donnés. Et tant que le club voudra toujours de moi, je serais toujours présent et reconnaissant. Je suis satisfait d’être ici aujourd’hui, que ça soit en U23, en U19 ou en U17, je suis bien car je m’identifie à ce club et que j’aime faire progresser ces jeunes athlètes qui ont aujourd’hui ce rêve que j’ai eu il y a plusieurs années de cela.

Matthieu Monteiro

Matthieu Monteiro

Etudiant ingénieur, 23 ans, sócio n°19287 du Sporting Clube Braga, fondateur du compte Twitter @ZoneSCBraga, passionné d'analyse vidéo, chroniqueur chez Golaço depuis 2019, ne jure que par les schémas de Paulo Fonseca et Eder en prolongation

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