EURO 2020 – Portugal x France : Analyse d’une qualification sans gloire

 EURO 2020 – Portugal x France : Analyse d’une qualification sans gloire

Retour sur le match nul 2-2 entre la Seleção et l’Equipe de France qui a scellé la qualification petit bras des hommes de Fernando Santos.

Il s’agissait mercredi dernier de la 3e confrontation en moins d’un an entre l’Equipe de France et la Seleção. Un match nul 0-0 au Stade de France en Octobre 2020 et une défaite 1-0 à l’Estadio da Luz du Portugal en Novembre 2020 comme historique avant cette rencontre. Un match qui en le revoyant, et donc en enlevant la tension émotionnelle de celui-ci, était finalement d’une grande pauvreté.  Car quand deux philosophies aussi conservatrices s’affrontent, quatre buts ne peuvent apparaitre que par autant de fait de jeu. Ne relevant donc pas de réelles actions offensives construites et pensées.

Mais revenons tout d’abord du côté du Portugal sur les grandes modifications à la suite de la famélique prestation face à l’Allemagne quelques jours plus tôt. Notamment l’inclusion de Renato Sanches et du cerveau du trop souvent oublié João Moutinho. Car les deux joueurs ont véritablement changé la dynamique du milieu terrain à tous les moments du match. Lors de la dernière rencontre, on avait en effet observé que l’Allemagne avait pu autant de fois exploiter l’espace sur la largeur via la manipulation de la ligne du milieu de terrain portugais. Pour ouvrir ces espaces et s’engouffrer afin de créer immédiatement le danger face à une ligne défensive portugaise constamment en infériorité numérique.

« Dans un travail collectif, nous dépendons tous les uns des autres. Et quand quelqu’un se rate, c’est un collègue ailleurs qui va avoir des difficultés. »

Carlos Carvalhal, entraineur du Sporting Clube de Braga

João Moutinho et Renato ont ainsi symbolisé l’amélioration de l’articulation de ce milieu de terrain défensivement. Comprenant bien mieux ces indicateurs de ballon couvert (pour sortir sur le porteur et le faire reculer) et de ballon découvert (contrôlant mieux l’espace et ajustant constamment leur positionnement pour couper et couvrir les possibles lignes de passe à l’intérieur).

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Et c’est aussi tout une équipe qui a retrouvé un semblant de lucidité dans ces moments. Notamment Bernardo Silva, fortement pointé du doigt dans face à la Mannschaft. Une organisation défensive favorisée aussi par un jeu offensif français bien moins rythmé que face à l’Allemagne. Avec peu de mouvement, beaucoup moins de joueurs entre les lignes et peu de courses complémentaires profondeur/décrochage pour désorganiser l’animation défensive portugaise.

Le contrôle de la largeur tout aussi décriée face à l’Allemagne a aussi été mieux gérée. Grâce au repli de Bernardo Silva et Diogo Jota. Afin de contrôler le positionnement assez haut à certain moment de Koundé et Lucas Hernandez. Là encore, le manque d’agressivité offensive des latéraux français dans les courses avec et sans ballon ont facilité le travail. Le Portugal est donc passé d’une ligne de 4 friable face aux allemands à des moments de quasi ligne de 6 face aux français.

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Offensivement, la légère amélioration a de nouveau résidé dans le duo Moutinho/Renato. Apportant dès les premières secondes une plus grande sérénité pour conserver sous pression. Témoignage d’une équipe du Portugal qui a perdu moins de ballon et s’est moins précipitée dans les premiers moments de la construction. Ils ont réussi à gratter bon nombre dans les pieds français (tout comme Danilo puis Palhinha), sachant les ressortir par la passe ou les courses balle au pied pour progresser, souvent temporiser et ensuite conserver. Bernardo Silva a aussi été à l’origine de certaines de ces actions pour essayer de maitriser le rythme du match.

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La Seleção prendra même confiance suite à l’ouverture du score par des sorties de balle et des combinaisons quasiment pas vu depuis le début de compétition pour priver l’adversaire du ballon. Coupée dans son élan par le généreux penalty accordé à Mbappé en toute fin de première mi-temps.

Mais sur l’ensemble du match, c’est finalement la prise de risque 0 et la frilosité qui ont conditionné ce match. Avec des comportements similaires de la part des deux équipes pour prévenir les pertes de balle et les possibles erreurs.

Premièrement, le nombre de joueurs devant le bloc adverse à la construction. Constant chez ces deux équipes. Difficile ensuite de créer certaines connexions et de réaliser certaines courses (décrochages, appels en profondeur) pour ouvrir ces espaces afin de produire offensivement. Difficile de créer régulièrement et de manière collective devant si on manque autant d’unité.

A la perte de balle, quasi impossible de réagir immédiatement, de contre presser et de récupérer haut. Mais les blocs sont en place et beaucoup (trop) de joueurs sont déjà derrière la ligne du ballon afin de prévenir la transition défensive.

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Le jeu long de ces deux équipes est dans la lignée de leurs principes. Peu de joueurs offensifs dans le derniers tiers (Mbappé, Griezmann et Benzema côté français. Ronaldo et Jota côté Portugais) et un jeu direct qui tente de les lancer en profondeur. En fonction d’une certaine qualité individuelle, cela a plus de chance de créer le danger comme à l’image du deuxième but de Benzema depuis Pogba. Car les décrochages bas en dehors du bloc à droite du mancunien pour réaliser ce genre de transmission ont été réguliers afin de chercher surtout Mbappé sur la gauche, dans la zone de Nelson Semedo.

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Si cela ne fonctionne pas, le ballon est perdu très haut et l’équipe est toujours en place avec beaucoup d’unités derrière le ballon. Et c’est souvent ce scénario qu’on a observé côté portugais. Très souvent depuis Pepe, Guerreiro ou Renato pour trouver Jota et surtout Ronaldo dans la surface. Des centres parfois de si loin pour des situations où ils sont très isolés. Des principes qui ne sont même pas assumer complétement, puisque les meilleurs joueurs dans ce genre de transmissions ne sont pas alignés (William Carvalho (mais là ça se comprend), Ruben Neves et Pedro Gonçalves).

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Des comportements qui ont contribué à la pauvreté offensive de cette rencontre. Et des changements, notamment côté portugais qui n’ont pas aidé. Le mini pacte de Budapest était signé. De la 87e minute jusqu’à la fin. Le Portugal n’a rien fait pour gagner ce match et finir premier de sa poule.

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La Belgique donc comme prochain adversaire. Une équipe avec une organisation similaire à l’Allemagne. Néanmoins, les hommes de Roberto Martinez ne débuteront surement pas ce match avec des velléités aussi offensives que la Mannschaft au regard d’un contexte qui est bien différent. Nous verrons si les ajustements défensifs vus face à la France seront aussi efficaces face à une équipe qui posera bien d’autres problèmes offensifs, notamment sur la largeur.

Matthieu Monteiro

Etudiant ingénieur, 23 ans, sócio n°19287 du Sporting Clube Braga, fondateur du compte Twitter @ZoneSCBraga, passionné d'analyse vidéo, chroniqueur chez Golaço depuis 2019, ne jure que par les schémas de Paulo Fonseca et Eder en prolongation

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