Les adversaires du Portugal à l’EURO – La Hongrie de Marco Rossi

 Les adversaires du Portugal à l’EURO – La Hongrie de Marco Rossi

Quelques jours avant son entrée en lice à l’EURO 2020, analyse du premier adversaire de la Seleção dans la compétition : la Hongrie de l’entraineur italien Marco Rossi.

Championnat d’Europe des Nations et Hongrie ne riment pas forcément avec bon souvenir pour la Seleção. Malgré le sacre, le 3e match de poule de l’EURO 2016 face aux Hongrois n’avait pas été de tout repos. Une équipe du Portugal menée à 3 reprises, ayant eu les ressources mentales pour revenir au score 3 fois et assurer son ticket pour les huitièmes de finale. Balázs Dzsudzsák ne peut plus être notre bourreau mais cette expérience lors de cet EURO ainsi que lors de la Coupe du Monde 2018 qui a suivi a démontré surtout une chose : le Portugal ne doit surtout pas sous-estimer les soi-disant « maillons faibles » de sa poule.

Car il est plus que commun de voir certaines équipes compenser la qualité de leurs individualités par un collectif fort, tant sur le plan tactique que mental. Et la Hongrie de Marco Rossi fait partie de ce lot. Un 3-5-2 très marqué, une volonté de construire patiemment et intelligemment ses actions offensives depuis cette défense à 3 et se baser aussi sur la complémentarité du duo offensif Adam Szalai/Rolland Sallai devant. Les Magyars ont révélé ainsi leur liste de 26 noms pour cette compétition.

Et le nom de Dominik Szoboszlai n’y figure pas. La faute à 6 mois sans jouer suite à des problèmes d’adducteurs. Son dernier match remonte au 26 décembre 2020 sous les couleurs du … RB Salzburg. Il a été transféré au RB Leipzig depuis. Une absence qui s’ajoute à celle de Zsolt Kalmar. Blessé lors du dernier rassemblement de Mars. La capacité à lier le milieu et l’attaque et la créativité du joueur du DAC Dunajská Streda manquera. L’entrejeu hongrois décimé avant de recevoir à Budapest le 15 juin prochain les hommes de Fernando Santos.

On va ainsi évoquer les possibles impacts que ces absences auront sur la dynamique collective de l’équipe nationale de Hongrie. Car c’est bien l’objet de cet article : comprendre comment s’organisent offensivement et défensivement les hommes de Marco Rossi et identifier les forces et faiblesses de son équipe.

Entre le 3-5-2 avec ballon et le 5-3-2 sans ballon

Nous avons ainsi analysé trois matchs des Magyars : la confrontation face à la Turquie en Septembre dernier, un opposant qui s’organise sensiblement comme le Portugal en 4-3-3 ; la confrontation face à l’Islande lord du barrage décisif de Novembre 2020 pour se qualifier à l’Euro afin d’observer les hongrois dans un contexte à haute pression ; et enfin la confrontation face à la Pologne de mars dernier, afin d’analyser un match plus récent face à un adversaire similaire voire légèrement supérieur en termes de niveau.

Les joueurs de Marco Rossi forment comme on va le voir une équipe protagoniste avec ballon, soutenu par sa très ancrée construction à 3 défenseurs et la largeur constante offerte par les pistons. Se reposant (parfois trop) sur sa ligne de 5 défenseurs derrière dans les moments défensifs.

Organisation avec ballon de la Hongrie face à l’Islande
Organisation sans ballon de la Hongrie face à l’Islande

Comportements en organisation offensive

Sous pression et dans ses 30 mètres, l’équipe de Hongrie montre ses premiers signes de proactivité, d’audace et d’intelligence avec ballon. Face à des équipes au pressing haut mais désorganisé, où la supériorité numérique est évidente et l’homme libre est facile à trouver, les hongrois montrent de la lucidité pour ressortir proprement. Très peu de précipitation. La circulation pour trouver cet homme libre est fluide et permet à la Hongrie de conserver la possession.

Volonté ensuite de se réorganiser pour repartir dans une deuxième phase d’organisation offensive et progresser ainsi espace après espace. Face à un pressing plus organisé comme lors du dernier rassemblement de Mars face à la Pologne, la Hongrie s’est démarquée par certaines phases de construction sous pression tout aussi bien menée. Alternant triangulation, recherche du 3e homme et utilisation aussi et surtout des décrochages d’Adam Szalai ou de Roland Sallai devant pour servir d’appui afin de trouver un 3e homme face au jeu et basculer ainsi à l’opposé.

L’équipe de Marco Rossi n’est cependant pas jusqu’au-boutiste sous pression et le lien est vite fait avec le duo Szalai/Sallai. Leurs partenaires peuvent les trouver dans un deuxième temps pour surpasser les lignes adverses et exploiter la profondeur comme dans l’extrait précédent. Ou les trouver dès les premières touches à partir des défenseurs centraux. Une variété de solutions afin de maximiser la relation Adam Szalai et Roland Sallai. Le premier la plupart du temps comme référence pour gagner le duel ou conserver et le deuxième en soutien ou déjà en train d’attaquer la profondeur.

Néanmoins, c’est l’une des premières situations où les limites individuelles s’expriment. Car ce jeu direct pour répondre à la pression adverse n’a pas non plus un taux de réussite immense côté hongrois. Cela dépend premièrement de la qualité des transmissions et aussi du soutien parfois très timides des milieux relayeurs pour potentiellement gagner les seconds ballons. Une action qui se résume beaucoup trop à la paire Szalai/Sallai. Si le pressing adverse est réalisé de manière équilibrée, avec une ligne défensive haute qui gagne ces possibles duels face à ce duo, l’adversaire va oppresser la Hongrie dans son camp, rester haut et économiser des « mauvaises courses » vers l’arrière pour défendre une possible attaque rapide.

Une situation criante face à la Turquie en septembre dernier où la Hongrie n’a pas vu le ballon de toute la deuxième période car les duels étaient constamment remportés derrière. Les limites turques ensuite avec ballon pour surpasser l’organisation défensive Hongroise aurait dû neutraliser ces deux équipes. C’était sans compter sur ce coup-franc stratosphérique de Szoboszlai obtenu sur une des rares sorties de balle des Magyars durant cette deuxième période.  Sur coup-franc ou dans le jeu, l’absence du joueur de Leipzig dans le domaine du tir longue distance est très bonne à prendre.

Lorsque les équipes adverses se regroupent, là aussi la Hongrie impressionne par son utilisation du ballon. Dans ce moment, Marco Rossi s’appuie donc sur sa construction à 3 purs défenseurs centraux soutenue par Adam Nagy en sentinelle. 4 joueurs fondamentaux car faisant preuve de beaucoup de patience dans ces moments. Circulation de droite à gauche pour tenter de désorganiser le bloc adverse, conduire balle au pied si l’espace se présente et attendre le bon moment avant de claquer cette passe entre lignes. Généralement à partir des défenseurs centraux extérieurs. Une qualité dans la circulation exprimée ici face à l’Islande.

Une construction épaulée forcément par les joueurs à l’intérieur qui densifient le couloir central. Les relayeurs que peuvent être Szoboszlai à gauche et Kalmar ou Sigér à droite se positionnent généralement dans les ½ espaces. Entre mouvement de soutien à Adam Nagy, placement entre les lignes et attaque de l’espace central/latéral. Variétés de mouvement de ces joueurs à l’intérieur afin de créer ces intervalles et faciliter la progression de l’équipe.

Des relayeurs soutenus aussi par un Rolland Sallai qui profite des fixations constantes de la ligne défensive par son capitaine Adam Szalai pour décrocher et lui aussi animer ce couloir central. Les magyars surpeuplent ainsi le couloir central mais de façons intelligentes pour ainsi libérer l’espace sur la largeur pour les pistons. Deux joueurs très haut lors de cette phase de construction, apportant cette amplitude maximale, pour immédiatement attaquer ces espaces dès que le décalage est réalisé. Un positionnement même parfois trop haut si le ballon est perdu au préalable.

Face aux défenses à 4 de la Turquie et de l’Islande, les mouvements des relayeurs pour fixer les latéraux et ouvrir encore plus ces espaces sur la largeur témoignent encore de cette dynamique collective bien huilée côté hongrois.

Partie 1

Partie 2

Des pistons ainsi dans des conditions favorables mais qui n’ont pas le même profil. A droite, la position alterne entre les légitimes Attila Fiola et Gergő Lovrencsics pour center directement lorsqu’ils sont isolés. A gauche par contre, c’est l’ailier repositionné du Partizan Belgrade Filip Holender qui s’illustre. Un piston faux pied utile pour réaliser ces classiques mouvement extérieur/intérieur pour percuter et aussi centrer. Il n’est ainsi pas rare de voir une construction parfois plus dense sur le côté droit afin de libérer cet espace pour Holender et Szoboszlai à l’opposé.  En conclusion, on observe des phases de construction hongroises patientes, variées, pensées et que beaucoup de clubs pourraient finalement envier.

Deux derniers points sur les moments de construction qu’on a pu observer durant les extraits précédents :

  • Dès que le décalage est réalisé et que la position de centre est dégagée, les hongrois attaquent en nombre la surface de réparation. Au duo Szalai/Sallai s’ajoute un voire les deux relayeurs ainsi que le piston à l’opposé qui attaque la zone du deuxième poteau.
  • Qu’il soit positionné au poste de piston droit ou de défenseur central droit, Atilla Fiola est un point faible de cette organisation offensive lorsqu’elle est mise sous pression.

Des phases de construction soutenues par une bonne réaction à la perte

Les velléités dans la construction de la part de l’équipe de Hongrie dans le camp adverse impliquent aussi et surtout une sacrée dose de compétence à la perte du ballon. Un moment où les Magyars démontrent là aussi de belles intentions et compétences.

Le bénéfice majeur en transition défensive pour les équipes qui s’appuient sur les phases de constructions, en plus de ne plus avoir de probabilité d’encaisser un but, c’est de conserver la structure offensive dans le camp adverse. Et de ne pas réaliser ces courses vers l’arrière pour se réorganiser défensivement et donc complétement changer d’occupation de l’espace pour protéger son but. Les hommes de Marco Rossi y arrivent plutôt bien avec des changements de comportement assez rapides pour attaquer le porteur et les joueurs adverses autour de celui-ci.

Les défenseurs centraux ont aussi un rôle majeur par leur capacité d’intervention en dehors de leur ligne défensive qui se remarque de nouveau dans ce moment. Sortant parfois très haut sur les décrochages des attaquants adverses dos au jeu afin toujours de récupérer le ballon le plus haut possible. Toujours dans cette optique de modifier le moins possible la structure de son bloc offensif.

Cependant, on notera une faiblesse observée face à la Turquie sur le côté gauche lorsqu’Holender est aligné en tant que piston gauche. Le contrecoup des intentions offensives de vouloir se projeter en nombre dans la surface se sont fait ressentir avec un espace à gauche trop important à gérer à la perte pour le milieu défensif Adam Nagy. Et une faiblesse rectifiée quelques mois plus tard pour le si important match face à l’Islande.

Un 5-3-2 en organisation défensive friable

Dans les moments d’organisation défensive, Marco Rossi organise à chaque fois son équipe en 5-3-2 avec Holender qui se repositionne donc dans cette ligne défensive de 5 joueurs. Une équipe qui dans ce moment du match s’organise dans un bloc généralement médian. Deux premières lignes qui chercher à densifier le couloir central et couper les possibles lignes de passe vers les joueurs à l’intérieur. Objectif : attirer l’adversaire sur la largeur ! Le ballon sur le latéral comme déclencheur du cadrage du relayeur côté ballon. De même pour le piston vis-à-vis de l’ailier adverse et Nagy qui couvre dans l’axe. Les 2 attaquants ont un rôle plutôt passif : conditionner le ou les milieux défensifs adverses mais surtout se préparer à recevoir le ballon en cas de récupération et donc de transition offensive. Exemple ci-dessous face au 4-3-3 turque en septembre dernier.

Lorsqu’elle est regroupée, la ligne défensive de 5 joueurs hongroises est difficile à surpasser. Contrôlant bien la largeur, l’espace central/latéral et la profondeur. Cette dernière composante bien gérée au profit d’un espace entre les lignes plus important. Compenser donc par des sorties de la ligne défensive agressives par les centraux. Et qui implique parfois du déchet et certaines interventions à contre temps (créant de l’espace au niveau de la ligne défensive dans leur dos). Voire des interventions tout simplement impossibles (l’équipe adverse pouvant ainsi progresser et possiblement créer le danger).

Conséquence de la grande faiblesse de la Hongrie au niveau défensif : l’articulation de sa ligne du milieu de terrain. Les absences de Szoboszlai et Kalmar ne seront pas handicapantes à ce niveau. Souvent facile à surpasser lorsqu’ils viennent au cadrage et ayant des couvertures approximatives lorsque le ballon est à l’opposé. Ouvrant cet espace dans le ½ à l’opposé permettant de créer ce décalage dangereux pour l’adversaire. Un espace souvent si important que les centraux ne peuvent pas intervenir. Devant se regrouper et accepter le danger.

Partie 1

Partie 2

Toujours concernant cette ligne du milieu de terrain, son comportement face à une construction à 3 pose aussi question. Face à 3 purs défenseurs centraux (comme face à la Pologne) ou face au milieu défensif qui décroche (comme face à la Turquie), on observe ces sorties pour se placer dans la première ligne sans réellement presser. Et les espaces qui s’ouvrent sur la largeur au niveau de la ligne défensive évident et facile à attaquer pour provoquer le danger. Mettant en difficulté cette ligne défensive qui se débrouille sans être infaillible.

Enfin, concernant cette ligne défensive, son défaut peut se trouver dans la titularisation d’Holender piston gauche. Le joueur du Partizan comprend parfaitement son rôle offensif mais les lacunes (légitimes) se ressentent néanmoins dans certains positionnements pas encore naturels.

Face à 3 oppositions d’un bien autre niveau qui se profilent, la Hongrie alignera-t-elle un Szilveszter Hangya comme face à la Pologne, bien plus accoutumé du poste de piston gauche ? Marco Rossi changera son organisation durant l’EURO pour densifier et renforcer le milieu de terrain ? Un 5-4-1 avec le capitaine Szalai comme seul point de référence à la récupération pour conserver, temporiser et décaler ensuite sur la largeur ?

Transition Offensive : toujours le duo Szalai/Sallai

A la récupération du ballon, l’équipe de Marco Rossi montre toujours autant de cohérence. L’importance du duo Sallai/Szalai est de nouveau mis en évidence. On a vu que le comportement lors du moment d’organisation offensive était déjà de penser à ce moment de transition. Un moment qu’il exploite bien par la complémentarité de leurs mouvements. Que ça soit pour trouver l’un face au jeu tel le 3e homme ou attirer un adversaire afin de libérer l’espace pour Rolland Sallai dans la profondeur.

En organisation défensive, on a aussi vu que les hongrois cherchaient à attirer sur la largeur l’adversaire. Ce qui implique que la Hongrie récupère beaucoup de ballons dans cette zone. Ensuite, les comportements sont clairs. En plus d’avoir constamment la solution Szalai/Sallai devant, la solution relayeur/piston à l’opposé s’offre aussi très régulièrement. Ce qui peut aussi expliquer cet espace souvent dans le dos de ce relayeur. Le moment d’après est anticipé pour être ce relai afin de lancer le piston dans l’espace central/latéral adverse généralement exploitable afin de créer le décalage. Surtout s’il s’agit de Filip Holender qui joue à ce poste de piston gauche, apportant cette imprévisibilité déjà observée car pouvant attaquer à la fois l’espace à l’extérieur ou à l’intérieur.

Une rigueur et une maitrise dans les comportements et les courses démontrées sur le fameux but de Dominik Szoboszlai qui a envoyé la Hongrie à l’EURO en Novembre dernier face à l’Islande. Exemple du jeu sans ballon de l’attaquant Norbert Könyves ici.

Conclusion

La perte de Szoboszlai et Kalmar est forcément un énorme coup dur pour la dynamique offensive de l’équipe de Marco Rossi. Des absences qui vont bien évidemment accroitre les responsabilités du duo Szalai/Sallai. Sans oublier le jeune András Schäfer qui a impressionné durant les matchs de préparation ces derniers jours et qui pourrait bien être la petite surprise dans l’entrejeu côté hongrois.

Matthieu Monteiro

Etudiant ingénieur, 23 ans, sócio n°19287 du Sporting Clube Braga, fondateur du compte Twitter @ZoneSCBraga, passionné d'analyse vidéo, chroniqueur chez Golaço depuis 2019, ne jure que par les schémas de Paulo Fonseca et Eder en prolongation

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