L’exemple de Brentford et de Norwich témoignage de l’aveuglement lusitanien

 L’exemple de Brentford et de Norwich témoignage de l’aveuglement lusitanien

Lucidité et honnêteté : les maitres mots des dirigeants de Brentford et Norwich contrastant avec un football lusitanien se trouvant dans un contexte pourtant similaire. Mais qui n’a absolument pas cette stratégie globale. Aveuglé par le passé et une arrogance mal placée. Bafouant l’évident chemin à suivre qu’est celui de la formation et du respect de la profession d’entraineur.


Le titre peut en effet donner l’impression d’un sacré hors-sujet. Comment rapprocher deux clubs promus de Championship, deuxième échelon du football anglais, avec le contexte du football portugais ? Principalement par l’aspect « deuxième division » ! En effet, le Brentford Football Club ainsi que le Norwich City Football Club font partie d’une compétition qui comme la Liga NOS, est le deuxième étage direct d’une sorte de « supra ligue ». Il n’est en effet pas nécessaire de rappeler l’envergure qu’a pris la Premier League ces dernières années en termes d’attractivité sportive et financière. Et cette proximité évidente fait de la Premier League le premier partenaire naturel de sa deuxième division.

Les joueurs de Championship ont pour principal objectif de signer à terme en première division anglaise. Et la corrélation peut être faite avec le football portugais. Un naturel championnat de deuxième division à l’échelle européenne par ses moyens économiques, par ses infrastructures, par son organisation et par sa compétitivité. Et il suffit de prendre le dernier classement actualisé du coefficient UEFA pour avoir parfaitement conscience de l’écart entre le Top 4 et le reste. Comme pour les joueurs de Championship, ceux de Liga NOS, et cela dans n’importe quel club, ont l’ambition ultime de signer un jour dans un club de ces championnats européens du Top 4.

Tableau 1. Coefficient UEFA des pays (site officiel de l’UEFA)

Des similitudes entre ces deux contextes qui semblent notoires pour pouvoir ainsi les comparer. Et un contexte qui est donc à appréhender, à concevoir et à comprendre. Ce qui est parfaitement réalisé par deux des toutes meilleures équipes de la saison en Championship évoquées ici.  Et une compréhension de l’environnement qui se traduit notamment par le biais de leur relation avec les transferts et la formation !

Etude de cas : le Norwich City Football Club et le Brentford Football Club

Steve Weaver, directeur sportif de Norwich, nous explique (2021) « qu’il n’est jamais inquiet par rapport aux transferts ». Prenant le cas de l’un des jeunes piliers de son équipe : Max Aarrons. « Nous devons être prêt pour une belle offre pour lui. Ce n’est pas une surprise pour nous qu’il soit associé comme une potentielle recrue pour un plus grand club ». Brentford en a même fait une marque de fabrique très décomplexée et son charismatique directeur sportif danois Rasmus Ankersen le confirme (2020) : « Nous sommes toujours un club vendeur mais je pense qu’aujourd’hui, parce que nous avons réalisé de très bonnes ventes de par notre trading de joueurs, notre stratégie passe maintenant par recruter de meilleurs joueurs. Payer un peu plus cher et donc vendre ces mêmes joueurs un peu plus chers. » Les ventes records des désormais connus d’Ollie Watkins, Saïd Benrahma ou Neal Maupay en Premier League comme symbole d’une stratégie qui fonctionne.

Le trading de joueurs ne doit en réalité pas être péjoratif. Tant que l’argent est réinvesti complétement pour la durabilité, le développement et l’évolution du club. C’est une stratégie globale de progression qui doit finalement être assumée et adoptée par une très large majorité des clubs professionnels. « C’est une part importante de notre business modèle. Nous savons que nous devons vendre quand la bonne offre se présente. Sans vendre, nous ne pouvons pas prospérer comme nous le faisons » indique Steve Weaver. Ayant comme Rasmus Ankersen, une communication sincère par rapport au contexte dans lequel leurs institutions sont actuellement insérées.

Le « bon trading » implique ensuite de réinvestir les montants perçus dans le développement du club. Par tout d’abord le renforcement direct de l’équipe première. Et l’anticipation est la clé. « Nous sommes toujours prêt pour le futur parce que nous avons de talentueux garçons en équipe première. Quand Ben Godfrey nous a quitté pour Everton, on été préparé pour ça. Quand James Maddison est parti, on était déjà en train de développer Todd Cantwell et Emiliano Buendia » nous partage de nouveau le directeur sportif de Norwich.

En effet, Ben Gibson était déjà arrivé en provenance de Burnley pour palier le départ probable de Ben Godfrey l’été dernier. Recherche ici d’un joueur s’approchant le plus rapidement possible du niveau du désormais défenseur d’Everton pour attaquer directement la saison 2020-2021 en Championship. Car Norwich ne possédait pas un joueur capable en interne de pallier d’ores et déjà à cette éventualité. Un investissement de 9,2 millions d’€ bien inférieur donc au 23,5 millions reçus grâce à la vente du « toffees ». Tout comme celui d’1,5 millions € pour un Emiliano Buendia chargé de la succession de James Maddison en 2018, parti pour 25 millions € à Leicester.

Steve Weaver, directeur sportif du Norwich City Football Club (canaries.co.uk)

Mais il y a aussi l’investissement indirect dans l’équipe première. Investir dans la recherche et le développement, dans plus de ressources humaines (psychologues, nutritionnistes etc.) ou encore infrastructurelles (plus de terrains par exemple). Des investissements qui toucheront toute l’institution dans cette quête majeure de voir l’équipe première performer. Et qui vont aussi avoir un impact sur deux domaines fondamentaux : le centre de formation et le recrutement.

La formation et la post-formation permettront de trouver des joueurs qui a moyen ou long terme, compenseront tel des transferts internes les futurs départs. James Maddison fût recruté à l’âge de 18 ans à Coventry qui était en League One (D3) en 2015 (post formation) et Todd Cantwell est lui un pur produit de la formation des canaries (formation). « Nous ne sommes pas le club le plus riche, mais quand on le peut, on investit beaucoup dans la recherche et le développement. On vient de redévelopper le centre d’entrainement pour 10 millions de £ et le Soccerbot360 arrive – une machine d’apprentissage visuel qui donne aux joueurs une vue à 360 degrés pour travailler la prise d’information. Nous sommes aussi en train de créer un centre de performance. On dépense notre argent où nous pensons que cela nous donnera le bénéfice le plus important à long terme. Nous voulons être des innovateurs » nous partage Steve Weaver. Afin d’être toujours prêt. Et ainsi jamais surpris.

Ce chemin, s’il est respecté, emmène vers une progression générale de toute l’organisation. La culture et les automatismes sont désormais encrés et on commence à vendre plus cher et acheter plus cher des joueurs déjà plus confirmés. Ou on prolonge un élément jugé important de son équipe actuelle pour une ou deux saisons supplémentaires. « Maintenant que nous avons les moyens d’ambitionner la promotion en Premier League, nous ne pouvons pas attendre que notre prochain attaquant joue 46 matches avant d’être prêt » indique Rasmus Ankersen. Qui évoque ici le cas très concret d’Ollie Watkins et d’Ivan Toney.

Après avoir été élu meilleur joueur de Championship la saison dernière, Watkins s’est envolé pour Aston Villa l’été dernier. Ivan Toney est venu lui succéder après une saison à 24 buts et 6 passes décisives en 32 rencontres de League One sous les couleurs de Peterborough United. Et la certitude du board de Brentford que le joueur formé à Newcastle allait performer tout de suite s’est révélée plus que juste. 10 buts lors de ses 10 premières rencontres de Championship et finalement 31 buts et 10 passes décisives en 45 matches cette saison. Toney est devenu ainsi le meilleur buteur de l’histoire de Championship sur une saison régulière depuis la refonte de la division en 2004. D’une valeur marchande de 400 000 € à 18 millions € en un an exactement selon Transfermarkt.

« Nous avions besoin de quelqu’un capable d’être très bon dès le premier jour et évidemment, ça élève notre exigence en termes de recrutement. C’est pour ça que nous avons choisi Ivan [Toney] qui a prouvé sa valeur en League One et nous pensions que la transition serait relativement facile pour lui ». Pari gagnant pour une équipe de Brentford qui après 74 ans et 10 phases de play-offs d’accession à la Premier League perdues, a enfin obtenu son ticket pour l’élite du football anglais en s’imposant face à Swansea le week-end dernier. « Notre stratégie s’est ajustée d’un point de vue du recrutement sur ces deux dernières années » confirme Ankersen. Traduisant cette adaptation à un nouveau contexte positif et prospère permis grâce à la progression constante de ces dernières saison.

Sous cette direction, Brentford a mis 9 ans à passer de la League One (D3 Anglaise) à la Premier League. Les moyens, notamment financiers, n’ont jamais été les mêmes et les démarches pour atteindre le succès devaient donc être différentes. Se basant particulièrement par leurs désormais très connues méthodes appuyées par les statistiques et les data.

Rasmus Ankersen, directeur sportif du Brentford Football Club (sn.dk)

Un autre exemple sur cette adaptation et de cette communication vis-à-vis de son contexte qui lie ces deux clubs est la formation. A Norwich, la formation et le développement des jeunes joueurs est culturel. C’est une nécessité est une profonde passion pour les canaries de former. « Les propriétaires Delia Smith et Michael Wynn-Jones sont intransigeants sur ça. Ils veulent que le club travaille dur pour produire ses propres joueurs et surtout façonner de bonnes personnes » nous confie de nouveau Steve Weaver. Et c’est tout le contraire pour Brentford qui a arrêté tout type de formation. Car le club de l’Ouest de Londres estimait qu’il était impossible de conserver les meilleurs joueurs de son académie face aux mastodontes se trouvant dans leur zone géographique. Conservant seulement une équipe secondaire.

Deux décisions totalement opposées et pourtant liées par les mêmes principes : la lucidité, l’adaptation par rapport à l’environnement et l’honnêteté vis-à-vis des supporters sur les décisions prises. Les concepts développés sur la stratégie vis-à-vis des transferts ou de la formation garde une spécificité à la situation des deux clubs anglais évoqués. Mais c’est l’essence de ces décisions qu’il faut retenir pour la transposer au Portugal : celle de ne pas se prendre pour ce que nous ne sommes pas ! Et ne pas s’inventer ou mentir sur son contexte pour paraitre au lieu de travailler afin d’être une meilleure version de soi-même.

L’illusion lusitanienne

Être un grand club, avoir une histoire riche et être soutenu par un nombre important de supporters ne donne en effet pas le droit de mentir et de s’inventer un contexte. Car les cas sont nombreux de décisions prises à contre sens de la réalité d’un club portugais, même considéré comme « grands ». Vendre par exemple les joueurs de sa formation (Fabio Silva et Vitinha) pour conserver des soi-disant « cadres » afin de compenser la gestion catastrophique des précédents exercices est un premier exemple d’aveuglement sur le réel niveau de son effectif.

Dépenser 100 millions € lorsqu’on ne performe plus dans son championnat national (et ne parlons pas d’Europe) depuis plusieurs saisons, ça donnait un sentiment qui s’est confirmé très rapidement : celui de compenser par les millions son manque de vision en termes de direction sportive. Une perception en effet avérée très rapidement après le départ de Ruben Dias et le recrutement de Nicolas Otamendi au club acheteur. Un manque d’anticipation suite à l’élimination en barrages de Ligue des Champions face au PAOK témoignant de l’incompétence évoquée.

Enfin, débloquer une clause de 10 millions € pour un entraineur rentre aussi dans ce paradigme malgré les résultats obtenus. Surtout quand on n’a en réalité jamais eu les fonds immédiats au moment de réaliser le paiement. Et pour en plus, quelques mois plus tard, dépenser encore 16 millions € pour un attaquant de 28 ans. C’est pour les 3 clubs visés ici, tout faire pour conserver un semblant de grandeur et de paraitre.

La situation financière dans certains cas et l’absence de continuité des résultats nationaux et européens dans d’autres des « grands » au Portugal ne légitiment pourtant en rien ce sentiment quasi surnaturel de supériorité. Un sentiment culturel de clubisme au Portugal qui a engendré un système court-termiste, toujours dans l’immédiateté d’un « résultat » finalement rarement continu et amplifié par le statut des clubs : celui du modèle des socios.

Un système qui fait rêver beaucoup de supporters dans le monde et qui comporte pourtant sa très grande part d’ombre. Car les mandats et les électeurs impliquent la politique. Et la politique implique ensuite cette recherche obsessionnelle de résultats imminents. Ajouté à cela une communication si agressive à cause de la forte pression populaire qui entrave complétement cette possibilité d’avoir une vision à long terme pour ces clubs.

Car la communication d’un club donne généralement de sacrés indices sur son état. Prenons l’exemple criant de l’élément de langage qu’est le « Benfica Europeu » (Le « Benfica Européen ») qui parcours les (rares) interventions du président Luis Filipe Vieira. La question peut-elle réellement être aujourd’hui autour des résultats européens de Benfica ? Alors que juste les résultats actuels au niveau national sont clairement aux antipodes de l’idée de pérennité que se fait un grand club. Comment peut-on continuer à vendre un tel projet, une telle ambition, lorsqu’on ne domine plus domestiquement ?

Lorsqu’il y a quelques semaines, la newsletter hebdomadaire du FC Porto nous raconte pour fêter les 2 ans de la victoire en Youth League que « 14 joueurs ont déjà été lancés par Sergio Conceição en équipe première. L’entraineur du FC Porto a développé beaucoup de talents avec l’ADN du FC Porto ». Malheureusement pour les dirigeants des dragons, nous savons reconnaitre un entraineur qui lance simplement un jeune et un qui pari réellement sur lui. Et c’est donc prendre ses supporters pour de sacrés imbéciles … Deux illustrations parlantes des actes et des paroles de ces clubs qui témoignent de ce total manque de lucidité vis-à-vis de leur environnement.

Les présidents de la Ligue et de la Fédération Portugaise de Football ainsi que les présidents de Benfica, Porto et du Sporting (record.pt)

Un modèle basé sur les « socios » qui pose ainsi cette question : pouvons-nous réellement avoir un projet sur le moyen et le long terme au Portugal ? Le Sporting Clube de Braga et le CD Santa Clara, dans des dimensions bien évidemment différentes, y arrivent. La progression du club présidé par Antonio Salvador depuis 2003 n’est plus à présenter. En presque 20 ans, Braga est passé d’un club intermédiaires et irrégulier du championnat portugais à un désormais chronique candidat pour le podium. Jouant régulièrement (et en remportant de temps à autre) des finales de coupe nationale et présent plus qu’assidûment en Europe. Une progression fulgurante permise par cette politique d’achat/revente similaire à Brentford et Norwich finalement. Avec des investissements directs mais aussi indirects, à l’image de l’émergence de la Cidade Desportiva, centre de formation du club inauguré en 2017.

Pour le club des Açores, on obtient sensiblement la même courbe de progression grâce aux mêmes ingrédients. Depuis sa victoire aux élections de 2015 et la nomination de Diogo Boa Alma comme directeur sportif, Rui Cordeiro voit 6 ans plus tard son club jouer les places européennes en première division. Grâce à un parcours linéaire, passant de la montée en Liga NOS en 2018, au maintien facilement obtenu lors des 2 saisons suivantes en battant à chaque fois le record de point de l’histoire du club. Jusqu’à cette saison 2020/21 et une lutte victorieuse pour la 6e place qualificative synonyme d’Europa Conference League.

Et donc les mêmes méthodes de « trading » utilisés pour progresser. Les ventes ces dernières saisons de Zaidu Sanusi, Fernando Andrade (FC Porto), Kaio (Krasnodar), Thiago Santana (Shimizu S-Pulse, Japon) ou encore Osama Rashid (Gaziantep FK, Turquie) ont permis de faire fonctionner cette petite industrie. Pour aujourd’hui faire émerger les sympathiques noms que sont Mikel Villanueva, Hidemasa Morita, Lincoln, Carlos Junior ou encore Cryzan. Santa-Clara battra tous ses records de point et de place au classement jusqu’à atteindre donc cette saison l’Europe avec cette 6e place. Témoignage d’une fiabilité et d’une stabilité rare dans le championnat portugais.

Une politique qui fonctionne. Et qui permet d’avoir des résultats sur le moyen et long terme malgré des institutions régies par ce modèle des « socios ». Quelle est la grande différence par rapport aux chroniques « trois grands » ? Ce sont des contextes avec une bien plus faible pression populaire. Où l’échec (qui arrivera momentanément, même dans les très bons projets) ne créera pas de tensions et de réactions surdimensionnées au niveau émotionnel.

Un chemin pourtant évident

Car le football d’un pays ne peut progresser sans ses grands clubs ! Ce seront toujours ces clubs qui auront plus de moyens, les meilleurs joueurs et donc la majorité du temps les tickets pour les places européennes. Des performances dans les compétitions continentales comme indicateur majeur de l’état d’un football national. Et face à ce contexte populaire qui contraint trop souvent la politique sportive de ces clubs, c’est tout d’abord une bonne dose de courage qu’il faut pour avancer au Portugal.

Le courage d’avoir une communication sensée, saine et honnête vis-à-vis de ses supporters. « Je pense que j’aurais plus de respect des supporters si je dis la vérité » confiait Ruben Amorim il y a quelques semaines. Un entraineur, qui contrairement à tant d’autres, utilise enfin le pouvoir médiatique de sa fonction pour faire passer les bons messages.

Le courage de se préparer à l’échec. Car on le répète, mais l’échec arrivera. Car la discipline football est extrêmement concurrentielle et extrêmement imprévisible. Au Portugal, il n’y a qu’un champion pour trois chroniques candidats assumés. On change alors complétement de projet à chaque championnat perdu ? Le chemin tracé doit donc appréhender ce possible échec. Pour qu’il soit le plus court possible. Et qu’on puisse apprendre rapidement de la déconvenue afin d’ajuster ce chemin. Car s’écrouler après l’échec et tout changer, c’est faire un aveu impitoyable qu’on ne croyait pas fortement dans ce processus et ce projet. En plus de perdre un temps faramineux. La gestion du mercato estival 2020 par Benfica, entre le choix de l’entraineur et des joueurs, comme témoignage.

Et enfin, le courage de comprendre que nos clubs progresseront plus vite s’ils travaillent ensemble. Au lieu de constamment chercher à s’entretuer. C’est vrai que les mandats et la politique inhérente au modèle des « socios » contraignent ces différents rapprochements. Et pourtant, ils retireraient plus de bénéfices en travaillant ensemble qu’avec cet égocentrisme permanent. A titre d’exemple : comment un football peut accepter d’attendre 2028 pour finalement centraliser ses droits télévisés ? Etant donné que seule une centralisation permet de promouvoir efficacement l’image d’un championnat hors de ses frontières …

Un cas prégnant d’une des aberrations profondes du football portugais dans l’unique but de conserver sa petite part du gâteau. « Civisme, respect, professionnalisme, transparence, crédibilité sont des qualités toujours plus dévalorisés et négligés, qui deviennent presque obsolètes dans un monde du football où l’argent gagne de plus en plus d’importance et où la maximisation des recettes financières est au top des priorités. Malgré tout, il est possible de créer de la valeur et d’arriver à valoriser au-delà des millions et le football allemand est un exemple parfait de cela. Ce n’est pas juste possible, c’est une nécessité ! Parce ces caractéristiques apportent aussi un retour économique, visibilité et admiration » nous raconte le journaliste Vasco Samouco. Le football portugais est encore bien loin d’avoir la recherche de ces caractéristiques au top de ses priorités.

Et enfin, on en revient au début : le courage d’assumer, puis de comprendre et enfin d’agir vis-à-vis de son contexte. Le contexte d’un football se trouvant dans une catégorie en-dessous du top niveau européen. Et c’est normal si on va au-delà du football et qu’on observe le contexte économique du pays. Il faut assumer l’écart entre ces environnements pour ensuite essayer de le réduire ou à défaut de cela : rester digne et se donner l’image d’un football compétent et fiable. « Sans l’argent, le prestige et les cracks, se rendre viable en qualité, valeur et détails qui sont (aussi) décisifs pour l’évolution et le prestige d’une compétition, des dirigeants, des entraineurs et des joueurs » rajoute Vasco Samouco, se référant de nouveau à la Bundesliga.

Ainsi, dès qu’on assume notre environnement, on cherche ensuite à combler cet écart. Et pour cela, il faut avant tout être plus malin. « Si tu veux devenir une équipe durable de Premier League – ce que l’on veut être – nous devons faire les choses différemment par rapport aux autres » nous partagent Steve Weaver. Et ce concept peut très bien s’appliquer à une échelle plus macroscopique qu’est un championnat. Le Football Portugais doit faire les choses différemment pour réduire ce fossé.

La TPO (Third Property Ownership) a était ce moyen lors du début de la décennie dernière pour faire les choses autrement et avoir notamment de meilleurs joueurs. Un moyen très opaque certes et dont l’interdiction n’était pas une mauvaise chose. Mais le football portugais n’a pas su trouver ensuite d’autres mécanismes, plus propres, pour conserver le niveau de ces années-là.

« Si nous sommes en compétition avec un adversaire financièrement supérieur, nous ne devons pas déposer en l’argent tous nos espoirs de le vaincre. Si l’adversaire a de meilleurs joueurs, alors ce n’est pas à travers le talent individuel que nous arriverons à le surpasser. Si l’adversaire a plus d’envergure en matière de recrutement, alors notre scouting doit être adapté à notre réalité pour en tirer des avantages. Seulement en pensant ainsi, différemment, que les opportunités que les autres ne voient pas (car ils n’en ont pas besoin) mais qui existent et surgissent. Seulement ainsi que la distance, compétitives et financières, diminuera » indique Vasco Samouco. La TPO était déjà une preuve d’une fainéantise en termes de stratégie et de direction sportive en pactisant avec ce système si opaque. Sans ça, il n’y a maintenant plus aucune once de stratégie globale.

Alors que le début de ce chemin semble plutôt évident : la formation et les entraineurs. Deux domaines performants au Portugal qui ne manquent pas d’exemple de réussites : L’Euro 2016 et la Ligue des Nations 2019 pour la Seleção ; finaliste de l’Euro U21 respectivement en 2015 et en 2021 ; finaliste de l’Euro U19 2014, 2017, 2019 et vainqueur en 2018 ; vainqueur de l’Euro U17 2016 ; le FC Porto vainqueur de la Youth League 2019 ; le SL Benfica finaliste de la Youth League en 2014, 2016 et 2020. Et pour les entraineurs portugais, faut-il encore développer leurs caractéristiques au regard de leur expansion dans le monde entier ? Une expansion qui touche tous les continents. D’Abel Ferreira au Brésil à José Morais en Corée du Sud (ce dernier ayant rejoint l’Arabie Saoudite il y a quelques semaines). Alors pourquoi le football national portugais ne respecte ni sa formation, ni ses entraineurs ?

Les chiffres parus par le CIES encore cette semaine sont une nouvelle fois édifiants. Alors que les exemples de réussite en interne au niveau des clubs sont probants (Le Sporting de Ruben Amorim en 2021, le Benfica de Bruno Lage en 2019). Il est cependant évident que certains clubs, qui vampirisent pourtant tout le territoire pour ne rater aucun talent, ne voit au finale leur formation seulement comme une source de revenu. Et non une source de bénéfice sportif avant d’être ensuite, en effet, une possible source de revenu.

Etude sur l’utilisation des joueurs formés par les clubs en Europe selon le CIES

Concernant les entraineurs, nous avons de nouveau vécu une saison folklorique et symbolique du manque de considération pour la profession. 9 clubs sur 18 auront au moins changé une fois de coachs cette saison en première division. 5 clubs auront même été orientés par 3 entraineurs ou plus cette saison. Et ce phénomène se révèle dans toutes les divisions du football national. Rappelons les cas de Pepa au Feirense en 2016, d’Ivo Vieira au Desportivo das Aves en 2017, de Ricardo Soares avec l’Académica en 2018, de Sergio Vieira à Famalicão en 2019 et dernièrement de Filipe Rocha au Feirense en 2021. Tous entraineurs en deuxième division à ces époques, jouant la montée de manière très franche et tous limogés dans le sprint final après une moins bonne série de résultat.

En plus de freiner la progression de ces coachs qui ont finalement tous prouvé par la suite en première division (excepté Filipe Rocha). Ces cas sont le témoignage d’un problème systémique au Portugal. Traduisant de manière encore plus global le manque de vision des dirigeants de clubs de ce pays.

Révoltant presque comment ces dirigeants traitent cette fonction qui d’un point de vue personnel, est surement la plus importante dans un club. « Les contrats se signent à la même vitesse qu’ils se rompent.  Cela ne suffit pas de bien entrainer. Cela ne suffit pas de faire évoluer les joueurs et le club. Cela ne suffit pas de bien faire jouer l’équipe. Parfois, même atteindre les objectifs est insuffisant. Le mal, même s’il est infiniment petit, surpassera toujours le bon. Et le bon, dans la majorité des cas, ne garantit pas l’évolution attendue et le saut qualitatif tant espéré. À de rares exceptions près, être entraineur, c’est avoir une carrière condamnée à la survie (quand la force est encore là), qui enlève beaucoup plus qu’elle ne donne » développe très justement Vasco Samauco.

Car dans les deux cas, le temps est une variable prépondérante. La formation est intrinsèquement liée à un processus de long voire très long terme. Le travail d’un entraineur quant à lui, nécessite ce temps pour implémenter ses idées et les faire fructifier. « Le football portugais est un football qui a de la qualité sur les bancs et du talent sur le terrain, mais qui est maltraité par ceux qui le dirigent » nous partageait l’année dernière Carlos Carvalhal, l’actuel entraineur du Sporting Clube de Braga.

Aux antipodes de la réalité lusitanienne, les clubs néerlandais ont en 2019 décidé de partager les primes de compétitions européennes avec le reste des équipes de première division. On peut douter de l’efficacité de cette mesure. Mais on ne peut pas douter de l’intention : travailler ensemble pour trouver des avantages compétitifs afin de faire évoluer la globalité de son football. Si la saison prochaine est neutre voire moyenne en termes de coefficient UEFA pour le Portugal, les Pays-Bas seront très proches dans ce classement à l’entrée de la saison 2022/2023. Un dépassement souhaitable dans cette « deuxième division » du football européen ? Lorsqu’on voit que l’état portugais intervient seulement en 2020, 4 ans après le dernier appel d’offres honteux, pour mettre en place la collectivisation des droits TV du football portugais. Et cela pour la saison … 2028/2029, on peut en effet, presque le souhaiter …

Références

Steve Weaver, Sustainable (2021). Coaches’ Voice. https://www.coachesvoice.com/norwich-steve-weaver-max-aarons-development/

Ivan Toney: Brentford explain how their recruitment model works (2020). Sky Sport.com https://www.skysports.com/football/news/11748/12133576/ivan-toney-brentford-explain-how-their-recruitment-model-works

A lição de Thomas Edison para o futebol (2021). Vasco Samouco. https://vascosamouco.com/a-licao-de-thomas-edison-para-o-futebol/

Se não os podes vencer, distancia-te deles (2021). Vasco Samouco. https://vascosamouco.com/se-nao-os-podes-vencer-distancia-te-deles/

Quem é que ainda quer ser treinador? (2021). Vasco Samouco. https://vascosamouco.com/quem-e-que-ainda-quer-ser-treinador/

Matthieu Monteiro

Etudiant ingénieur, 23 ans, sócio n°19287 du Sporting Clube Braga, fondateur du compte Twitter @ZoneSCBraga, passionné d'analyse vidéo, chroniqueur chez Golaço depuis 2019, ne jure que par les schémas de Paulo Fonseca et Eder en prolongation

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