Les adversaires du Portugal à l’EURO – L’Allemagne de Joachim Low

 Les adversaires du Portugal à l’EURO – L’Allemagne de Joachim Low

On continue notre série d’analyses des adversaires du Portugal à l’EURO avec aujourd’hui un focus sur l’Allemagne de Joachim Low.

Trois ans après une Coupe du Monde complétement loupée en Russie, difficile de dire que l’Allemagne s’est franchement relevée de cette déconvenue. Entre une descente lors de la première édition de la Ligue des Nations (qui n’aura finalement pas lieu à cause d’un léger reformatage de la compétition), un Final Four toujours pas atteint lors de la deuxième édition et certaines déconvenues mémorables ces derniers mois face à l’Espagne et la Macédoine du Nord, rien n’indique en effet le contraire. C’est d’ailleurs ces deux derniers matchs que nous avons décidé d’analyser pour essayer de comprendre ces deux débâcles côté allemand ayant eu lieu ces derniers mois.

Le pressing Espagnol

De manière assez naturelle, l’Espagne a voulu lors de cette rencontre de novembre dernier avoir la possession du ballon. Mais a aussi cherché à le récupérer le plus rapidement possible. Infligeant un pressing intense (et risqué) sur la première phase de construction allemande. Un pressing en référence individuelle orienté sur l’homme défini par Sergi Roberto (arrière droit), qui peu importe la position du ballon, est prêt à bondir si sa référence (Philipp Max, arrière gauche allemand) est recherchée.

Un pressing très similaire à celui de l’Atalanta qui laisse un temps le gardien comme seul homme libre. En attendant le bon moment pour réaliser cette course oblique afin de couvrir la ligne de passe vers sa référence. Conditionnant donc toujours cette solution mais pouvant désormais mettre la pression sur le gardien afin de forcer la prise de décision.

L’Allemagne a ainsi quasiment toujours opté pour le jeu long vers Leroy Sané. L’Espagne assume l’égalité numérique. Preuve de la prise de risque derrière avec ces situations de 1v1 entre Gaya, Ramos et Pau Torres et les 3 attaquants germaniques Gnabry, Werner et donc Sané. Ce dernier n’a réussi à conserver le ballon qu’une fois sans pour autant véritablement progresser. Notamment à cause des références individuelles du départ au milieu de terrain.

Les 3 milieux espagnols conditionnent les transmissions vers les milieux de terrain au départ à la construction entre Neuer et les centraux. Mais aussi après lorsque le ballon est au niveau de Sané dos au but qui doit trouver une solution en appui et qui voit là aussi les solutions au milieu obstruées par les milieux de la Roja. Un pressing qui a totalement oppressé une Allemagne qui n’a pas trouvé la solution et permis à l’Espagne d’enchainer un grand nombre d’actions offensives avec ballon. Les 66% de possession, les 14 tirs (contre 1 pour l’Allemagne) et le score de 3-0 à la pause comme témoignage.

L’incontrôlable 3e milieu espagnol

Lorsqu’on inverse les rôles, le résultat est bien différent. La Roja n’a pas subi le pressing allemand. Elle l’a même invité. Par les temporisations du gardien Unai Simon et du défenseur central gauche Pau Torres pour attirer le bloc allemand dans le camp espagnol et s’ouvrir les espaces entres les lignes et dans le dos de la défense allemande.

Avec surtout pour objectif de faire sortir au cadrage un des milieux allemands pour se retrouver en supériorité numérique au milieu. Trouvant cet homme libre très facilement et très régulièrement selon des dynamiques du 3e homme très simples. Grâce notamment au jeu dos au but de Morata pour remiser sur ce milieu qui lui sera face au jeu.

Le décalage au milieu étant réalisé quasi systématiquement grâce à une construction depuis le côté gauche, c’est le côté droit de Ferran Torres qui s’ouvre. Auteur d’un triplé, le joueur de Manchester City aura été diabolique sur son couloir grâce à ces espaces créés pour ensuite percuter. Soutenu par Sergi Roberto afin de créer la supériorité numérique, réaliser ces dédoublements et apporter encore plus de solutions sur ces actions.

Sont mis ainsi en évidence les difficultés défensives du milieu de terrain allemand composé de Goretzka, Kimmich et Kroos sur cette rencontre. Surtout pour contrôler dans ce match les projections de Fabian Ruiz. Des insatiable courses qui ont ensuite créées des constantes supériorités numériques dans le ligne défensive allemande. Favorisé par un Joachim Low qui après le 2-0, demande à Süle puis Jonathan Tah de constamment suivre l’homme libre au milieu. Sauf que le jeu en appui des Espagnols a perduré, surpassant ce marquage individuel. Un choix tactique grandement responsable de la lourdeur du score dans ce match.

Mais transposer le 4-3-3 espagnol en première phase de construction à la Seleção est malgré tout compliqué. Le Portugal n’a pas de défenseur central gaucher mais un rôle plus important dans ces moments pour Guerreiro n’est pas à exclure. Le Portugal n’a potentiellement à droite que Rafa pour jouer ce rôle d’ailier droit du profil de Ferran Torres. Pedro Neto étant blessé et Francisco Trincão non convoqué. Mais nous pouvons peut-être nous rassurer avec les profils de Renato Sanches et Bruno Fernandes. En espérant une titularisation du premier et une nette élévation de son niveau en Seleção pour le deuxième.

L’organisation défensive de la Macédoine

En Mars dernier, avec le retour de quelques individualités telles que Joshua Kimmich et Kai Havertz, la Mannschaft a de nouveau surpris tout le monde par une défaite à domicile face à la Macédoine du Nord.

Une équipe faisant partie des belles surprises de cet EURO et qui avait donc déjà montré quelques prémices de sa compétence. Car face à l’Allemagne et à l’extérieur, les hommes d’Igor Angelovski savaient bien qu’ils allaient passer un sacré bout de temps à défendre dans ce match (32% de possession dans cette rencontre).  

La Macédoine du Nord confectionna donc une organisation défensive sur ce match qui a bien gêné les Allemands. Selon un 5-3-2 aux lignes compactes en bloc médian/bas, conditionnant dans un premier temps toutes les lignes de passe dans l’axe et forçant la construction à 3 allemande Emre Can, Rudiger, Ginter vers la largeur.

Indicateur ensuite pour le milieu côté ballon afin de cadrer le défenseur central extérieur (Ginter ou Can). Suivi ensuite par le reste du bloc macédonien pour conditionner au maximum toujours des possibles transmissions allemandes dans l’axe. Avec la grande participation du duo d’attaque pour aussi apporter du soutien sur ces phases et inviter le jeu en retrait en repassant par les centraux côté allemand.

Une rigueur défensive symbolisée par le trio macédonien Elmas, Ademi et Bardhi au milieu : minutieux dans le repérage des joueurs allemand à cadrer et dans le coulissement du bloc. Donnant aussi cette impulsion sur les moments de ballons couverts afin d’agresser positivement la Mannschaft.

Un espace entre les lignes très réduits qui a aussi créé un peu plus d’espace dans la profondeur. Un espace plutôt bien défendu par la ligne défensive macédonienne. Grâce à des orientations corporelles adaptées à la position du ballon pour pouvoir intervenir plus rapidement.

Des ingrédients qui ont permis de plutôt bien limiter les actions offensives allemandes. Ne permettant que 2 frappes cadrées sur 11 tentatives. Assez peu finalement pour une équipe qui a eu 68% du temps le ballon. En comptant le penalty transformé de Gundogan. Un penalty créé néanmoins selon un des rares mouvements bien construits à l’intérieur côté germanique. On a ainsi observé des points expliquant la solidité macédonienne dans ce match. Mais pas la victoire de la nation de Goran Pandev.

Les espaces sur la largeur et des transitions défensives déficientes

Car l’équipe d’Allemagne vit actuellement le grand mal des équipes protagonistes : les défaillances à la perte du ballon. Entre positionnement préventif parfois inexistant et une réaction effective pas assez intense et rapide. « Vous ne pouvez pas avoir une équipe forte en construction si elle n’est pas tout aussi forte dans le moment du match suivant qu’est la transition défensive » nous rappelle Bruno Lage. Des situations qu’on observe aussi très régulièrement en club à l’image du début de saison de Manchester City, du milieu de saison de Liverpool ou encore des phases historiquement moyennes des grands au Portugal. Souvent lié à cette transition défensive mal réalisée. Et des équipes qui perdent aussi peu à peu de la confiance dans leur processus offensif.

Et la Macédoine du Nord en a profité. Par de bons mouvements en appui soutien et la recherche du 3e homme afin de progresser en transition. Notamment en recherchant les 2 hommes de devant. Dont Goran Pandev avec quelques temporisations et remises dos au but qui ont contribué à la fluidité des contres macédoniens. Pour ensuite trouver régulièrement cet espace sur la largeur pour effectivement emmener les attaques rapides dans des zones dangereuses. Ou simplement utiliser cet espace pour temporiser, revenir en arrière et se donner un peu d’air.

Voilà quelques éléments via ces deux matches face à l’Espagne et la Macédoine du Nord qui donnent un aperçu des possibles faiblesses à exploiter du côté d’une Allemagne déjà dos au mur dans ce Championnat d’Europe 2020.

Matthieu Monteiro

Etudiant ingénieur, 23 ans, sócio n°19287 du Sporting Clube Braga, fondateur du compte Twitter @ZoneSCBraga, passionné d'analyse vidéo, chroniqueur chez Golaço depuis 2019, ne jure que par les schémas de Paulo Fonseca et Eder en prolongation

Related post