Profondeur, pressing, créativité : Le Gil Vicente de Ricardo Soares

 Profondeur, pressing, créativité : Le Gil Vicente de Ricardo Soares

Retour sur l’idée de jeu si séduisante du Gil Vicente entrainé par Ricardo Soares. Classée cinquième après la mi-saison, l’équipe de Barcelos se positionne comme forte candidate à une place européenne historique en fin de saison.

Le 10 août 2019 restera la date d’une sorte de résurrection pour le Gil Vicente Futebol Clube. Face au FC Porto, une victoire 2-1 face aux dragons scellera quatre années d’un véritable chemin de croix. Une descente en deuxième division à la sortie de la saison 2014/2015 avant d’évoluer trois ans dans cet échelon. Puis une nouvelle relégation vers le Campeonato de Portugal (D3) qui accueillera cependant le club de Barcelos dans une situation particulière. Jouant une saison 2018/2019 blanche et 34 matches disputés qui ne vaudront aucun point. Le club ayant appris le 12 décembre 2017 sa réintroduction administrative en Primeira Liga pour donc cette saison 2019/2020. Suite aux derniers rebondissements dans le cas Mateus, vieux de plus de 11 ans à l’époque.

Sportivement, malgré cette montée express, le club de Barcelos a vécu deux derniers exercices finalement très tranquilles. Attendu pour jouer le maintien, la saison 2019/2020 se finira paisiblement à la 10e place. Sous l’impulsion de notre défunt Vitor Oliveira. La saison suivante sera elle aussi dénuée de nervosité lié au maintien. Terminant cette fois-ci 11e du classement sous les ordres de Ricardo Soares. Une saison de nouveau compétente malgré donc la disparition de Vitor Oliveira mais aussi celle de Dito. Ancien international portugais et directeur sportif du club à l’entame de cette saison.

Emotionnellement, le club s’en est sorti et a même continué à progresser. Tiago Lenho devient à 32 ans le numéro un de la direction sportive gilista. Le frère de Nelson Lenho se démarque dans son travail par la recherche de joueurs venant d’environnements très hétéroclites qui caractérise la politique club depuis sa remontée. Entre transfert provenant du marché national (Lucas Cunha, Zé Carlos, Kritcyuk) et du marché brésilien (Vitor Carvalho, Lourency, Samuel Lino) assez classique pour un club portugais. Mais aussi des idées moins communes. Comme Fran Navarro de l’équipe B de Valence, Fujimoto du Tokyo Verdy ou Žiga Frelih de l’Olimpija Ljubljana par exemple. Et tout cela combiné au temps rare au Portugal laissé à l’entraineur qu’est Ricardo Soares. Retour sur le fascinant début de saison 2021/2022 du Gil Vicente Futebol Clube.

Une organisation liquide et ambitieuse

Son expérience précédente au Moreirense Futebol Clube avait déjà posé les bases du nouveau Ricardo Soares. De retour dans l’élite fin 2019, il avait classé le club de Moreira de Conegos a une belle 8e place à l’époque. Une organisation en 4-3-3. La valorisation du trio latéral/milieu relayeur/ailier pour enclencher les mouvements offensifs en construction. Et l’émergence sous ses ordres d’un avant-centre au jeu simple dos au but dans les conservations et les remises ainsi que très instinctif dans la surface (Fabio Abreu à Moreirense et Fran Navarro à Gil Vicente) comme similitudes avec son équipe actuelle.

Comme différence, le profil des relayeurs. Plus créatifs via Pedrinho et l’émergence de Kenya Fujimoto par rapport aux frères Alex et Filipe Soares à l’époque. Permettant une organisation avec ballon moins rigide et plus déformable. Avoir Samuel Lino dans son équipe change aussi la donne. Par ses caractéristiques d’ailier moderne. Tout aussi capable dans les un contre un sur la largeur que de recevoir au niveau du demi-espace gauche pour créer le décalage dans l’axe. Et enfin d’apporter ses facultés dans et autour de la surface adverse.

Répartition de l'effectif du Gil Vicente FC
Figure 1. Répartition de l’effectif du Gil Vicente FC
Organisation en 4+1 = les latéraux bas dans un premier temps pour initier la construction ; le milieu défensif derrière la première ligne de pression adverse ; les relayeurs Pedrinho et Fujimoto bien plus haut entre les lignes occupant les ½ espaces ; les ailiers écartés sur la largeur et l’avant-centre Fran Navarro qui fixe la défense centrale adverse
Figure 2. Organisation en 4+1 = les latéraux bas dans un premier temps pour initier la construction ; le milieu défensif derrière la première ligne de pression adverse ; les relayeurs Pedrinho et Fujimoto bien plus haut entre les lignes occupant les ½ espaces ; les ailiers écartés sur la largeur et l’avant-centre Fran Navarro qui fixe la défense centrale adverse.
Pas non plus rare d’avoir cette construction à 3 formé par un des milieux (Pedrinho ici) poussant les latéraux plus haut et réaxant les ailiers, permettant de fixer la ligne défensive adverse avec 1 joueur de plus aux côtés de Fran Navarro (Murilo ici)
Figure 3. Pas non plus rare d’avoir cette construction à 3 formé par un des milieux (Pedrinho ici) poussant les latéraux plus haut et réaxant les ailiers, permettant de fixer la ligne défensive adverse avec 1 joueur de plus aux côtés de Fran Navarro (Murilo ici).
La construction classique du Gil Vicente reste néanmoins ce 4-1-5 avec une certaine liberté dans les permutations : Lino dans le demi-espace gauche ici et Pedrinho sur la largeur
Figure 4. La construction classique du Gil Vicente reste néanmoins ce 4-1-5 avec une certaine liberté dans les permutations : Lino dans le demi-espace gauche ici et Pedrinho sur la largeur. 
Vitor Carvalho cette fois-ci entre les centraux. Un des relayeurs (Matheus Bueno) recule pour équilibrer avec au minimum 4 joueurs. Les latéraux montent et les permutations s’effectuent dans l’axe (Fran Navarro demi-espace gauche, Samuel Lino et Fujimoto occupant le couloir central et Antoine Leautey demi-espace droit).
Figure 5. Vitor Carvalho cette fois-ci entre les centraux. Un des relayeurs (Matheus Bueno) recule pour équilibrer avec au minimum 4 joueurs. Les latéraux montent et les permutations s’effectuent dans l’axe (Fran Navarro demi-espace gauche, Samuel Lino et Fujimoto occupant le couloir central et Antoine Leautey demi-espace droit).

Le temps laissé à Ricardo Soares a permis d’arriver à cette pluralité dans l’organisation avec ballon. Les espaces clés sont ainsi toujours occupés malgré les permutations. Dans l’objectif de perturber les références défensives adverses et contribuant à la variété des mouvements offensifs du club de Barcelos.

La profondeur comme maitre-mot dans tous les moments offensifs

La structure c’est une chose. Mais il n’est pas nécessaire de rappeler que les comportements et dynamiques qui l’animent sont plus importants. Ceux du Gil Vicente dans les moments d’organisation offensive sont très bien ancrés et très régulièrement bien réalisés. Au départ, comme avec son Moreirense, le trio latéral/ailier/relayeur est primordial et enclenche quasiment toutes les phases avec ballon. Une construction par la largeur mais pas en « U » comme on aime la nommer lorsque celle-ci est stérile.

Construire par la largeur, c’est aussi potentiellement perdre le ballon sur la largeur. Et avoir ainsi des joueurs proches les uns des autres en plus de la ligne de touche pour le récupérer rapidement ou ralentir la potentielle progression adverse. On prévient le moment d’après et on associe ensuite la qualité des joueurs comme Samuel Lino, Pedrinho, Fujimoto ou Zé Carlos notamment pour maximiser le moment présent. Afin de combiner, réaliser ces mouvements rotationnels et déséquilibrer l’adversaire. Grâce à des joueurs qui s’associent facilement pour trouver ce décalage et contourner ainsi le milieu de terrain adverse.

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La suite sera notre Madeleine de Proust pour évoquer tous les moments offensifs des nordistes : la profondeur. Intérieur ou extérieur, le Gil Vicente cherche à faire mal dans le dos des défenses adverses dès qu’un joueur se trouve face au jeu, entre les lignes, en position de ballon découvert. Imposant un travail très important aux lignes défensives par l’attaque constante de ces espaces. La concentration des défenseurs mise à rude épreuve dans le maintien de leurs références entre homme et espace à contrôler. Une exploration de la profondeur pour être servi souvent ou pour ouvrir tout aussi régulièrement des espaces à l’intérieur afin de continuer à progresser vers le but adverse.

Le représentant de la ville de Barcelos a de l’espace en profondeur et l’attaque sans cesse. Le Gil Vicente profitant encore d’un statut d’équipe un peu « lambda » pour ses adversaires directs alors que le jeu pratiqué ne l’est définitivement pas.

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Sous pression et dans une première phase de construction, l’équipe de Ricardo Soares reste néanmoins très respectueuse de ses principes. Le Gil Vicente n’est pas une équipe « jusqu’au-boutiste » dans ses sorties de balle. Mais interprète surtout bien les moments où la supériorité numérique et positionnelle sont présentes ou pas à la relance pour sortir plus ou moins court. Si celles-ci sont offertes, les mêmes concepts sont appliqués :

  • Combiner et contourner par la largeur via notamment la relation latéral/ailier le long de la ligne de touche
  • Trouver les ailiers sur les côtés dos au jeu pour conserver et trouver un 3e homme face au jeu afin de passer d’une phase de construction à une phase d’attaque rapide
  • Des attaques rapides très souvent trouvées via ces mouvements coordonnés de 3e homme face au jeu et de 4e homme proposant dans la profondeur.

Une équipe du Gil Vicente qui transgresse en effet légèrement sur certaines phases avec une des règles théoriques du jeu de position : l’échelonnement. Ou l’idée qu’un joueur ne doit pas occuper la même ligne verticale ou horizontale qu’un coéquipier. Afin d’offrir de meilleurs angles de passe et éviter de faciliter le travail défensif d’un adversaire voulant couper la ligne de passe pour défendre sur deux éléments. Et du côté de l’équipe de Ricardo Soares, ce léger écart et notamment lié aux caractéristiques de ses joueurs et notamment de ses ailiers. Samuel Lino comme exemple à gauche pour recevoir depuis son latéral le long de la ligne de touche. Conservant dos au but, temporisant et trouvant un coéquipier dans l’axe face au jeu. Afin de faire progresser l’action et contourner le pressing adverse toujours par cette largeur.         

Des moments sous pression gérés par ailleurs plus ou moins différemment avec ou non la présence de Pedrinho. La qualité que le milieu de terrain portugais apporte au milieu est impressionnante. Notamment face à un potentiel bloc haut adverse. Pour résister à la pression, se positionner parfaitement dans les espaces derrière la première ligne adverse, faire progresser son équipe en surpassant le pressing par sa faculté de passe. Son absence face au Maritimo par exemple a obligé Ricardo Soares à ajuster ses dynamiques. Devenant plus directes pour trouver le jeu dos au but de Fran Navarro. L’espagnol ayant un taux très convenable de réussite dans la gestion de ces longs ballons difficiles à négocier généralement. 

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Car en effet, l’attaque constante et perpétuelle de la profondeur peut prendre plusieurs formes pour les pensionnaires de Liga BWIN. Via un jeu plus direct donc, depuis la ligne défensive. Valorisant ainsi d’autres qualités individuelles. Comme le jeu long de Lucas Cunha et surtout les courses sur le couloir droit d’Antoine Leautey. Le français par sa vitesse et son sens de l’appel de balle lui permet d’être le seul joueur offensif de cette équipe à pouvoir réellement attaquer cette profondeur de bien plus loin par rapport à ses coéquipiers. Apportant aussi cette diversité dans les mouvements offensifs des gilistas.

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Enfin, conclure sur le jeu offensif du Gil Vicente, c’est aussi mettre en évidence les phases de transition. Des moments qui se transforment très régulièrement en contre-attaque. Grâce de nouveau à une grande majorité des principes évoqués précédemment et leur haute compréhension par l’effectif de Ricardo Soares.

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« Le porteur du ballon doit toujours avoir une solution en appui, une solution en profondeur et une solution sur la largeur à tous les moments » selon Abel Ferreira. Un concept très bien respecté par les hommes de Ricardo Soares. Et qui offre ces si riches dynamiques offensives au Gil Vicente. Des latéraux plus constructeur, un milieu défensif plus équilibrant que premier relanceur, deux relayeurs aux profils différents mais très projetés et hautement créatif, des ailiers à l’aise à l’extérieur comme l’intérieur et un avant-centre au jeu simple dos au but pour combiner et être ce point d’appui tout en étant infernal dans la surface … le Gil Vicente de Ricardo Soares ne s’inspirerait-il pas légèrement, toute proportion gardée, de l’Ajax de ten Hag version 2021/22 ?

Mais plus sérieusement, l’une des questions pour la suite de la saison résidera dans la réponse que l’entraineur originaire de Felgueiras donnera lorsque les équipes du même statut défendront mieux la largeur et laisseront moins de profondeur comme face aux dénommés « grands » du championnat.

Pressing et organisation défensive proactive

On ne s’est néanmoins pas arrêté au moment avec ballon du Gil Vicente. Car c’est aussi sans le cuir que les hommes de Ricardo Soares se démarquent cette saison. Dans un championnat portugais où le pressing est historiquement réservé aux « grands ». Sans être réellement théorisé et souvent simplement lié à la supériorité en termes de qualité individuelle de ces équipes. L’approche souvent différente via des blocs plus organisés dans les compétitions européenne ces dernières années traduisant cette tendance.

On remarque via cette infographie réalisée par Statsbomb que le Gil Vicente défend bien plus souvent dans le camp adverse que dans sa propre moitié de terrain par rapport à la moyenne du championnat. De manière similaire aux top équipes de la Primeira Liga
Figure 6. On remarque via cette infographie réalisée par Statsbomb que le Gil Vicente défend bien plus souvent dans le camp adverse que dans sa propre moitié de terrain par rapport à la moyenne du championnat. De manière similaire aux top équipes de la Primeira Liga.

Il faut avouer que l’entraineur du Gil Vicente nous avait surtout marqué par la qualité de ses blocs bas « d’élite ». Notamment face aux « grands » avec notamment la victoire à l’Estadio da Luz contre Benfica la saison dernière qui vient directement à l’esprit. Un 5-4-1 d’une compacité rare et des automatismes parfaits en transition avaient foudroyé les aigles à l’époque. Mais il est vrai, dans un stade vide.

Mais les transferts du dernier mercato estival n’ont pas uniquement ouvert des possibilités dans le jeu offensif. Le jeu défensif et l’ajout de Fran Navarro à la première ligne de pression ont permis une approche plus ambitieuse. Un 4-4-2 bien plus haut lié à l’incorporation de l’espagnol dans cette équipe. Par notamment sa capacité à répéter les efforts et son agressivité positive dans les courses.

Fran Navarro est le deuxième joueur qui réalise le plus de pression en moyenne par match et est fait partie des meilleurs dans la récupération du ballon suite à ses pressions
Figure 7. Fran Navarro est le deuxième joueur qui réalise le plus de pression en moyenne par match et est fait partie des meilleurs dans la récupération du ballon suite à ses pressions. (via Statsbomb)

Une première ligne de 2 éléments, Navarro et Fujimoto la plupart du temps, abattant un travail considérable. Afin de chercher à défendre mais en infériorité numérique. Gêner en effet les lignes défensives adverses à la relance en attendant tout d’abord la passe latérale pour commencer le pressing. L’attaquant côté ballon attirant par des caractéristiques courses obliques le défenseur central porteur du ballon vers cette largeur (la proximité avec l’imposant défenseur qu’est la ligne de touche comme argument). Celui-ci bloquant la circulation et les variations de jeu vers le gardien et le défenseur central à l’opposé. L’attaquant à l’opposé, lui, se déplace en même temps pour conditionner le milieu défensif adverse. Contrôlant ainsi 4 joueurs adverses avec 2 éléments. Et permettant de conserver des supériorités au milieu et de surtout densifier cette largeur.

Situation constamment recherchée d'attraction de l'adversaire sur la largeur, densifiant le côté avec ballon, forçant la décision du porteur et étant prêt par l'orientation corporelle des défenseurs en cas de ballon dans la profondeur

 

Figure 8. Situation constamment recherchée d’attraction de l’adversaire sur la largeur, densifiant le côté avec ballon, forçant la décision du porteur et étant prêt par l’orientation corporelle des défenseurs en cas de ballon dans la profondeur.

Face à Braga en novembre dernier, une équipe d’un autre standing dans ce championnat, le Gil Vicente est resté fidèle à ses idées. Et fût même encore plus courageux dans son pressing et sa manière de défendre pour conditionner la première phase de construction adverse. Face au 3-4-3 rôdé de Carlos Carvalhal, l’approche fût différente avec un pressing en référence individuelle. Assumant des risqués un contre un pour la ligne défensive. Et faisant le pari de laisser encore plus d’espace à l’opposé.

La défaite 1-0 ce jour-là, ainsi que celle face à Benfica et Porto en début de saison, était en effet bien loin d’être méritée. Annonciatrice néanmoins d’un Gil Vicente performant, cinquième à la mi-saison et donc finalement premier de « son championnat ».

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Focus sur les individualités et sur le cas Kritcyuk

Il a parsemé bon nombre de nos extraits, mais Samuel Lino mérite une mise en évidence particulière. Le brésilien a trouvé dans le club de Barcelos une porte d’entrée idéale en Europe. Entre entraineurs compétents et une lutte pour le maintien plus que sereine sur ses deux premières saisons au Portugal. Avant de jouer l’Europe cette année. Samuel Lino a évolué comme son club et prétend d’ores et déjà à plus grand.

Car trouver des défauts à l’originaire de Santo-André est difficile. A partir de la gauche pour repiquer sur son pied droit, il impressionne par la vitesse de sa conduite de balle et sa facilité dans les duels face aux latéraux adverse. Dans l’aspect ailier de son rôle, Lino se caractérise aussi par son jeu dos au but sur la largeur. Caractéristique importante comme on l’a vu pour contourner les organisations adverses. Trouvant un coéquipier face au jeu ou en arrivant à se retourner balle au pied. Mais dans notre époque, les ailiers doivent être toujours plus à l’aise dans le couloir central et les espaces plus réduits. Au risque de finir piston ou latéral.

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Paradoxalement, sa première touche entre les lignes n’est pas toujours parfaite pour s’orienter face au jeu. Alors qu’il est si efficace pour éliminer via ce premier contrôle lorsqu’il a un adversaire sur le dos. Mais lorsqu’il explore ces espaces dans le cœur du jeu, il est néanmoins là aussi tout autant une menace pour l’adversaire. Par la passe pour servir les appels en profondeur si régulièrement évoqués. Ou pour faire valoir sa science du dernier geste. Se mettant très facilement en position de frappe et faisant valoir ses deux pieds. Samuel Lino impressionne au Portugal par des buts difficiles à inscrire. Visant son privilégié petit filet par des frappes sèches et puissantes.

Il ne finira définitivement pas piston ou latéral mais ce n’est pas pour autant qu’il se dédouane de ses responsabilités défensives dans ce très huilé collectif du Gil Vicente. Entre contrôle de son espace sur la largeur et intensité dans le pressing. Il sera difficile de le départager d’André Franco pour le titre de meilleur joueur de la saison hors top 4.

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Après Toni Martinez il y a deux saisons avec Famalicão et Mario Gonzalez à Tondela l’année dernière, c’est au tour du Gil Vicente de nous offrir lors de cet exercice l’avant-centre espagnol au parcours atypique. Formé à Valence sans jamais atteindre l’équipe première, Fran Navarro prétendra bien évidemment au titre de grande révélation en fin de saison. Du haut de ses 11 buts lors de ses 17 premiers matches de Liga BWIN. Traduisant ses grandes facultés dans le positionnement au sein de la surface adverse. Il explore avec intelligence les espaces concédés par l’adversaire, les espaces créés par les siens et la « zone aveugle » dans le dos des défenseurs. Très agressif aussi dans l’attaque du premier ou du deuxième poteau en fonction des situations. 

Mais de nos jours, un avant-centre ne peut se limiter aux 30 derniers mètres. L’importance de Navarro dans l’exploration de la profondeur mais surtout dans le registre sans ballon fut largement mis en évidence. Pour attirer, fixer et élargir cet espace entre les lignes notamment. Mais son jeu dos au but a plus d’influence. Par un bon timing dans ses remises en appui-soutien afin de servir un joueur face au jeu. Une importance déjà mise en évidence dans toutes ces combinaisons de 3e et 4e homme. Faisant ressortir une puissance naturelle qui s’exprime à la fois offensivement et défensivement. Ayant tellement contribué à ce bloc haut et ce pressing caractéristique depuis le début de saison des pensionnaires de Barcelos.

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Kenya Fujimoto est quant à lui une nouvelle preuve que les talents originaires du pays du soleil levant s’exporte bien au Portugal. A l’instar de Shōya Nakajima et Hidemasa Morita, le créatif joueur du Gil Vicente confirme que la formation japonaise offre des joueurs hautement compétents. Autant techniquement que dans la compréhension du jeu. Cette dernière composante exprimée par les solutions trouvées par Fujimoto, notamment par la passe. Autant au niveau du demi-espace droit que lorsqu’il décroche sur la largeur. Il sait réaliser cet ultime décalage comme le recevoir. Son importance dans la prise de profondeur courte largement démontrée aussi. Ses subtiles remises lorsqu’il est dos au jeu sont aussi à souligner.

A mettre tout autant en évidence, un travail défensif tout de même commun à tous ses partenaires. Complément légitime de Fran Navarro dans cette si active première ligne de pression. Le japonais ne défend pas que vers l’avant et impressionne aussi par son soutien derrière. N’ayant pas l’accélération et le dribble de Samuel Lino, le japonais est moins médiatisé. Pourtant, son importance tactique et esthétique dans cette équipe du Gil Vicente est tout aussi évidente.

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Enfin, si on cherche un nom qui colle à la définition de joueur sous-coté, Pedrinho entre forcément dans cette case. Faisant partie de cette catégorie de milieu au centre de gravité bas, résistant si facilement à la pression et pouvant jouer à tous les postes du milieu. S’exprimant comme relayeur voire parfois comme milieu défensif dans ce Gil Vicente. C’est cependant plus haut sur le terrain qu’il avait grandement performé à Freamunde et Paços de Ferreira. Sa saison 2015/2016 en D2 à 13 buts notamment avec son club formateur lui avait permis en effet de connaitre l’élite l’année suivante avec les castors. A Barcelos, il règne cette fois sur le premier et second tiers du terrain. Résistant au pressing et servant quasi systématiquement un partenaire dans des conditions optimales. Doté d’une large panoplie dans la passe, autant pour trouver court entre les lignes que long à l’opposé et toutes pour faire progresser ou respirer son équipe.

Il ne déroge pas non plus à la règle du dévouement aux tâches défensives. Se complémentant bien avec Vitor Carvalho dans le 4-4-2 défensif observé. Le brésilien gardant ses réflexes de contrôle de l’espace et de couverture. Lorsque le portugais aime défendre plus vers l’avant. Réagissant très vite à la perte et arrivant à gratter par match un nombre intéressant de ballon dans les pieds adverses. L’incompréhensible départ au Riga FC en Lettonie pour 6 mois la saison dernière avant de signer au Gil Vicente lui ont fait rater la 5e place de son Paços. La revanche de l’originaire de Cristelo ne se fera peut-être pas attendre longtemps.

(Si la vidéo ne se lance pas, veuillez cliquer en haut à droite de celle-ci)

On aurait pu mettre aussi en valeur Carlos, Antoine Leautey, Vitor Carvalho ou Lucas Cunha. On finira par le poste de gardien qui a géré tant de controverse en début de saison. Car le premier gros coup du mercato estival gilista résidait dans la venue de Stanislav Kritcyuk. Elément majeur de la saison à 35 buts encaissés l’année dernière par la B SAD de Petit (5e meilleure défense derrière l’habituel top 4), le choix du Russe dans ce transfert assez horizontal en étant libre ont interpellé. C’était tant mieux finalement pour le Gil Vicente qui garantissait un « shot-stopper » d’élite pour ce championnat.

Lui qui d’après Goalpoint (qui sollicite les données Opta), avait au bout de 20 journées la saison dernière, encaissé seulement 9 buts pour 12.5 PSxG. Littéralement, Kritcyuk selon ce modèle des Post Shot Expected Goals, était supposé encaisser 12.5 buts après 20 journées. Il aurait donc sauvé durant cette période 3.5 buts. Une garantie de buts sauvés et de points gagnés tout au long d’un exercice loin d’être négligeable.

Buts encaissés sur buts encaissés attendus après 20 journées de Liga NOS 2020/21

 

Figure 9. Buts encaissés sur buts encaissés attendus après 20 journées de Liga NOS 2020/21 (Goalpoint.pt)

Infographie de Stanislav Kritcyuk après 20 journées de Liga NOS 2020/21

 

Figure 10. Infographie de Stanislav Kritcyuk après 20 journées de Liga NOS 2020/21 (Goalpoint.pt)

Sauf que l’idylle n’a duré que lors d’un mois d’août dernier très productif néanmoins. Comme en janvier 2016 lorsqu’il quitte Braga pour Krasnodar dans l’optique de la Coupe du Monde 2018 dans son pays (qu’il ne fera finalement pas), Stanislav Kritcyuk repart en Russie. Pour signer chez le champion en titre du Zénith Saint-Pétersbourg. Découvrant la Ligue des Champions contre un chèque de 4 millions d’euros.

Légitime aurait été en fin d’exercice de se poser la question : « Et avec Kritcyuk toute la saison ? ». Mais Tiago Lenho a démontré une nouvelle fois toute ses compétences dans le scouting. Via son scope plus large qui se différencie au Portugal. Allant chercher libre le slovène Žiga Frelih sortant d’une saison complète à l’Olimpija Ljubljana. Et une première expérience au Portugal qui se passe plutôt bien jusqu’à maintenant.

Infographie Žiga Frelih après 12 matches de Liga BWIN 2021/22

 

Figure 11. Infographie Žiga Frelih après 12 matches de Liga BWIN 2021/22 (Goalpoint.pt)

Il n’est peut-être pas encore aussi décisif que pouvait prétendre être son prédécesseur sur sa ligne. Mais Frelih se différencie néanmoins dans les interventions hors de ses buts voire hors de sa surface. Ainsi que par un jeu au pied plus correct par rapport au russe. Le slovène fera-t-il complétement oublier Kritcyuk dans l’optique d’une place européenne historique ? Rendez-vous au mois de mai prochain pour le savoir !

Matthieu Monteiro

Sócio n°9491 Sporting Clube Braga • 24 ans • @MMatthieuZSCB sur Twitter • Chroniqueur chez Golaço depuis 2019 • Ingénieur informatique & analyse vidéo • Fondateur de @ZoneSCBraga sur Twitter • Ne jure que par les schémas de Paulo Fonseca et Eder en prolongation

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